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Partie 1 : Égypte

Chapitre 2

On nous arrête vite le lendemain pour nous coller une voiture de patrouille. J’en suis presque soulagé. On rattrape la route qui longe le Nil sans jamais trop l’apercevoir. C’est ainsi que commence un espèce de marathon jusqu’au Soudan.
Mais nous avons des villes où nous souhaitons nous arrêter un peu pour visiter, puis se libérer du poids de l’escorte.

L’équipe change environ tout les 15-20km. De là on fait plus ou moins brièvement connaissance au bord de la route et c’est reparti. Certaines sections, tout roule pour le mieux et les équipes changent sans que l’on s’en aperçoivent.
Ca constitue une bonne partie de notre journée. La route est toute droite et n’autorise que rarement une vue sur l’horizon. Traversons tout un tas de petites villes et villages tous animés. Il y a de la vie ici. On nous salue et nous souhaite la bienvenue un peu partout.

Je n’ai pas l’impression que l’on ai à demander l’autorisation pour s’arrêter manger ou boire. Après nous ne sommes que des touristes n’est ce pas ? Mais le traitement de faveur qui nous est réservé pour notre sécurité nous déboussole quelque peu. Le camping étant interdit, nous sommes amenés dans des hôtels chaque soir, choisi bien souvent par leur soin pour qu’un policier puisse facilement monté la garde. On se fait trimballer donc, après une bonne centaine de kilomètres quotidiens, aussi souvent refusé de par la présence de la police qui semble refroidir les établissements.

Nous nous arrêtons où nous pouvons pour manger. C’est souvent du pain avec du foul, puis des sandwich salade et falafel qui constituent les repas. C’est bon et l’ambiance est bonne. Toujours nos anges gardiens qui scrutent les alentours avec plus ou moins de sérieux. On ne traine pas à lire sous un arbre pour digérer, il faut vite repartir, en finir avec cette journée.
Parfois on se sent entre deux feux. En attendant la relève, les flics se déploient et mettent le gilets par balle. Ak 47 posé sur le muret, dans son dos, un autre contrôle la route. Au milieu, on déconne avec le chef de la patrouille. On brise ces instants hors du temps et de notre compréhension par quelques phrases. On se sent dangereusement et stupidement important.
Je les regarde. Ils sont si jeunes. Parfois plus que moi. Et ces gars risquent leur vie pour protéger quelques cyclistes qui se sont mis en tête en traverser l’Afrique. en admettant qu’il y ait danger bien sur. Mais difficile de penser le contraire en évoluant dans un tel contexte.

Ainsi se passe notre descente du Nil. Les villes se succèdent et la dynamique est la même. Beni Suef, Al minya, Assiout. Les noms auraient pu nous faire rêver. Mais il ne sont que des étapes où nous dormons avant de repartir le lendemain aux première heures.
Le soir, en allant faire les courses ou en allant au restaurant, nous avons une escorte systématique. Ca n’arrange pas le contact avec les locaux qui sont parfois un peu brutalement repoussé, pouvant à peine nous parler ou prendre une photo.
Nous n’aimons pas l’image que cela donne du touriste. Et non pas celui qui visite les pyramides ou le musée du Caire. Mais celui qui se permet de s’octroyer un peu de l’argent publique en se déplaçant avec une garde privée.

Mais il la faut bien cette escorte. Parfois l’organisation se relâche et nous n’avons personne pour quelques kilomètres, on souffle un peu. Mais là on découvre l’autre côté de la carte postale. L’ambiance se ternit un peu lorsqu’il n’y a pas de mecs armés qui nous suivent. Ce n’est pas insurmontable mais l’ambiance change du tout au tout, notamment avec les enfants qui auraient vite tendance à ramasser quelques cailloux pour nous les offrir sur le coin du casque.
Lorsqu’ils ne sont pas là, je prie presque pour qu’ils reviennent. C’est une pression supplémentaire sur nos épaules mais au moins nous n’avons pas à regarder derrière nous sans arrêt. Et quand aux copains qui ont réussi à échapper à l’escorte, ils y sont vite revenus car tous ont eu des soucis. Le plus simple aurait été de prendre la route du désert. La sécurité est apporté par l’absence de population.
Ce qui est terrible puisque nous fûmes aussi vraiment bien accueillis. Mais il est difficile de donner un ratio de gens bienveillants trop positifs. Disons que la traversée fût longue.

En guise de nouvel année, on nous parque en fin de soirée dans un pickup pour nous amener dans une grande ville, Al Minya. Interdit de continuer à vélo et impossibilité de dormir au commissariat.
Passons devant une église copte qui est plus surveillé que le palais présidentiel en cette soirée de Saint Sylvestre. Demi tour, on regarde la croix de cette église copte s’illuminer au loin, parqué à 3 à l’arrière d’un pickup. Ce pays est si complexe, je ferme les yeux pour oublier où je suis.
A quelques milliers de kilomètres, les amis doivent se préparer pour se retrouver et faire la fête ensemble. Moi, je me réfugie dans ma doudoune, entouré de gilets par balles et de kalashnikov.
A l’hôtel, on trouve de la bière au bar. Puis dans la fumée et la fatigue se résume notre soirée. On part s’écrouler de fatigue.

Arrivés à Sohag, nous entrons en ville après plusieurs checkpoints et escorté jusqu’au temple d’Abydos. Encore une fois, nous sommes confrontés à la réalité de la route. Trop fatigué pour envisager une quelconque visite, le prix d’entrée nous arrête aussi à l’entrée. La route est encore bien trop longue pour dépenser 20 euros dans un temple dont je ne connais l’existence depuis quelques jours tout au plus.
L’hôtel dans lequel on atterris est miteux au possible. Abydos et le village qui l’entoure, tout est à l’image du tourisme en Égypte à l’heure actuelle. L’immense parking qui peut accueillir une tripotée de bus est vide. Quelques formes à l’intérieur qui doivent être des touristes passionnées d’égyptologie car vu du toit de l’hôtel, l’endroit fout le cafard.

Quelques mauvais peintures de pharaons sur les murs d’un hôtel qui n’attend plus de clients depuis bien longtemps. On nous annonce un restaurant au premier étage. Le mec de l’entrée n’a pas du monter depuis un bail car il ne reste absolument plus rien dans la pièce. Il n’a de restaurant que le nom, encore faut il être sérieusement imaginatif.
Et juste à coté, un hôtel tout ce qu’il y a de plus sérieux. Le seul qui semble tenir debout et qui se donne des airs de tout va bien. C’est lui qui doit récupérer les quelques touristes qui s’aventurent ici.
Pas grand chose à manger et pas une bière à l’horizon. Les espoirs sont partis juste après les derniers bus de touristes. L’Égypte a du mal à se relever des événements terroristes qui repoussent les touristes.
Il y en a bien encore quelques uns sur la côte de la mer rouge. Mais là encore il faut bien fermer un œil pour ne pas voir la présence militaire.
Mais ici comme partout, maintenant comme tout le temps, le coucher de soleil sauve la soirée et nous offre un joli spectacle entre montagnes et minarets, temple et champs verdoyants.

La prochaine étape c’est Louxor. C’est un endroit que l’on sait déplaisant pour le touriste, mais c’est surtout la ville qui nous permettra de déambuler seuls dans les rues.
Il nous faudra de nombreuses heures pour y arriver, passons plus de temps aux checkpoints, de plus en plus nombreux à mesure que l’on s’approche, que sur le vélo à rouler.
Puis Louxor. Une petite victoire en soi. Atteindre cet endroit mythique à vélo, la première grosse étape du voyage. La police nous dépose à l’hôtel que nous indiquons et disparais dans les ruelles.

Nous voilà enfin seul. La terrasse permet de se relaxer et de prendre du recul en sifflant des bières sur ces premières semaines en Égypte.
Nous visitons les temples de l’extérieur. D’aucuns diraient que c’est bien dommage, mais le budget des 3 temples de Louxor est environ réduit notre champ des possibles. Et puis là on sent braiment qu’on diffère du touriste lambda. On en a trop dans la tête et dans les jambes pour penser à faire quoi que ce soit de culturel. Et il faut rappeler que nous n’avions pas pour but précis de visiter l’Égypte. C’est le point de départ d’une traversée bien plus grande.

Qui plus est, l’espace public nous rebute tant le harcèlement est présent. On essaie de nous vendre à peu prés tout. De la bière à la prostitué, de la drogue au tour en bateau.
Nous ne sommes pas mécontents à l’idée de partir finalement. Et il faut dire que le Soudan se rapproche.
Ainsi un beau jour nous partirons plein sud. La sortie de ville coïncide avec la sortie de l’école. Il faut hausser le ton et faire les gros yeux pour éviter que trop de gamins sautent sur l’arrière des vélos.
Ca c’est l’ambiance Egyptienne sans escorte de police.

Prochaine grosse étape, Assouan. Entre les deux, l’histoire se répète. Quelques sections un peu plus belles cependant. Entre le désert et les cultures. Entre le Nil et quelques petites formations rocheuses. C’est agréable et le trafic n’est pas gênant.
A Assouan, nous soufflons quelques jours sans rien visiter. Le comportement des gamins est totalement différent lorsque nous marchons simplement dans la rue et lorsque nous avons les vélos chargés. Aucune idée de ce qui peut leur passer par la tête en voyant des sacoches de vélo.
Presque 300km de désert pour arriver au fameux temple d’Abu Simbel, et sur l’autre rive, la frontière.
Quittons le lac Nasser à Assouan pour le retrouver à Abou Simbel.

Ces 300km furent une sacré histoire.
Nous ayant refuser de dormir dans une station d’ambulance, on nous dit qu’il faudra faire encore une centaine de kilomètres jusqu’au prochain poste de police. Au vu de l’heure, même avec le vent dans le dos, ca risque d’être compliqué. On pousse quand même. Jusqu’à ce qu’on nous arrête devant le ridicule de la situation pour nous mettre à l’arrière d’un camion. Craig ne veut pas. Il continue à rouler jusqu’à ce que d’autres voitures sortent de nul part avec des gradés qui l’arrêtent sur le champ s’il ne veut pas monter. Il capitule.

Mais bientôt ce camion prend une autre direction. On se retrouve avec 3 vélos chargés et deux voitures de police. Le checkpoint est loin étal nuit tombe. Par un tour de passe passe rapide et toujours incompréhensible, je me retrouve assis dans une confortable voiture entre AK47 et gilets par balles. L’ambiance est détendue dans la voiture. Deux flics sont sur deux de nos vélos. C’est cocasse. Je prends cette situation comme un aléatoire cadeau de la route.
La situation tourne vite au non sens complet. Nous ayant refuser de dormir à ambulance pour des raisons de sécurité, on se retrouve dans la situation suivante : Je fume la chicha avec la police dans la baraque en pierre d’un homme qui à parait il une centaine d’année et qui garde une antenne téléphonique. Mon vélo et celui de Tristan sont entre les mains de deux flics qui roulent sans lumière au milieu du désert avec Craig. On revient en arrière avec les gyrophares. On met mon vélo dans le coffre et on se serre dans la voiture.

Le vélo de Tristan est moins chanceux, le pilote à plié le dérailleur. Tout à fini dans l’autre voiture pendant que Craig roule toujours seul et sans lumière dans ce qui était parait il dangereux quelque heures auparavant.
Nous nous retrouvons finalement tous au checkpoint. On répare le dérailleur à coup de maillet à la lueur des frontales. Tout le monde est épuisé. Mais la nuit est belle ici. Les étoiles brillent et veillent sur nous.