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Partie 1 : Égypte

Chapitre 1

L’avion se pose en douceur. Je remonte le vélo en vitesse dans la salle des bagages, heureux d’être ici. En sortant je crève, dans l’entrée. Ca commence bien. Je répare, puis regonfle avec ma nouvelle pompe que j’oublierais sur un des bancs.
Puis il me faut rejoindre le centre, là où Andrew m’attend un Américain qui habite au Caire et qui m’héberge. Dehors, c’est vite le face à face avec les fameux chauffeurs de taxi de l’aéroport du Caire, une légende à eux tout seul.
Bataille dans laquelle je suis sur de ne pas gagner. Le vélo vite ficelé au bord de la route sur le toit, nous voila roulant à tombeau ouvert vers le centre du Caire.
Le chauffeur à un air malicieux, propre à sa profession et à l’endroit où il la pratique. La route rectiligne, puis les ponts qui s’entrecroisent, puis le centre. Les lumières qui éventrent la nuit, la ville qui ne dort pas.
Changement de continent. Bienvenue en Afrique.

Ainsi je passe quelques jours au Caire à attendre Tristan et à finalement rencontré Craig. On en le sait pas encore en se serrant la main ce soir là, mais on aura un long bout de chemin à faire ensemble. ( A l’heure ou j’écris ça, il drague une fille en racontant son aventure juste à côté de moi, et il ne verra jamais ce que j’écris là maintenant. )
Quelques jours au Caire à régler les derniers détails, faire le tour des magasins pour quelques provisions, quelques bières dans des bars, quelques premières photos et vidéos.

C’est comme si on s’élançait pour quelque chose de grand, comme s’il fallait prendre de l’élan.
Voulant partir de la mer pour rejoindre la mer, nous partirons de Port Saïd plutôt que du Caire. On prend donc le train jusque Port Saïd. Venu seul en Égypte, nous finissons à 4 avec nos 4 vélos, notre hôte ayant décidé de venir avec nous de Port Saïd jusqu’au Caire, là où il nous invite pour fêter noël

La veille, je suis invité au collège de la mère de Dieu.
Je présente mon projet devant une trentaine d’adorables jeune filles. Première fois que je fais ça. Une épreuve. Un peu comme si je devais paraitre sur de moi alors que sur la carte d’Afrique que j’ai imprimé, je me sens tout petit et tout là haut. Combien de mois cela va t’il prendre. Jours, mois, années. Il a fallu fermer les yeux et laisser la parure du temps tomber à mes pieds.
Ainsi cette âpres midi, je la passe à l’école avec d’attentives élèves à qui j’explique ma démarche et montre mon vélo, ma cuisine et ma tente, qui n’est ni plus ni moins que ma maison depuis presque 8 mois et surement pour les années à suivre.
Je repars ému, les bras chargé de poèmes. Ca rend heureux de présenter son projet, maintenant il faut le mener à bien.
Un dernier repas tous ensemble chez Charlotte. Demain on se lève tôt.
Je mémorise cet appartement. C’est le point de départ. C’est ce que la sédentarité pourrait m’offrir. Mais à quoi bon, le monde est si vaste. Il faudra malgré tout quitter la cuisine, la douche, le lit. Et pour quoi ? Si on savait ce que les prochains mois allaient nous réserver, partirais t’on ?
Les questions rendent sujet à l’engourdissement. Dont acte.

Le train, une belle galère en soi. Il faut arriver à trouver un endroit où on nous laisse mettre nos vélos tant bien que mal. Merci aux passagers bienveillants mais non aux contrôleurs.
La police nous repère directement dans le train. Au passage le long du canal de Suez, nous en avons quelques uns autour de nous, veillant à ce que l’on ne bouge pas trop ni ne prenons trop de photos.
Nous débarquons à Port Said. Là, on ne sait pas trop ce qu’ils vont faire de nous, et ils nous souhaitent finalement un bon voyage en nous laissant partir. Ainsi de nos premiers tours de roues en Égypte.

Premier contact avec la mer, la vue de ce qui représente un départ. Le départ d’une longue épopée dont la fin m’est psychologiquement hors de portée. Le vent de face et quelques complications mécaniques nous ralentissent. Après un bon repas au bord de la route, la fameuse discussion qui constitue ma vie depuis quelques mois déjà : “Vous savez où l’on peut dormir ? - Ici”.
Toute l’équipe du resto est absolument adorable avec nous. On nous propose un endroit, puis un autre. Nous finirons par dormir dans la mosquée, dans le coin des femmes, qui ne doivent pas être légion dans les environs.
Nous couchons avec la prière du Maghreb et réveil au petit matin avec la première prière. Je suis surpris qu’ils nous laissent à l’intérieur. L’Égypte nous séduit plutôt pas mal déjà.
Nous longeons la mer jusqu’à ce que la route, à mi chemin vers Alexandrie, reprenne un des affluents du Nil pour nous faire plonger au sud.
La route est paisible, mais les bords du canal sont absolument dégueulasse. Je pense n’avoir jamais vu un endroit recouvert de déchets avec autant de constance sur une distance aussi longue. Au moins les gens sont accueillants une fois l’effet de surprise passé.

Nous connaissons bien la situation en Égypte, et surtout celle qui touche aux cyclistes. Donc en début de soirée à la vue d’un barrage de police, on décide de bifurquer par les champs pour aller y camper. Les paysans nous amènent à un endroit, qui s’avère être une mosquée, où l’on peut planter les tentes. Les 3 tentes rentrent au centimètre prés.
Puis la police débarque. Après des heures d’indécision et d’aller et venus de camions et motos de police, nous nous retrouvons avec une vingtaine de personnes regardant dubitativement nos tentes et vélos. Tout se passe dans la bonne humeur, nous espérons juste ne pas nous faire renvoyer de cet endroit pour aller trouver un endroit plus.
La décision tombe, on peut rester, mais avec une équipe de police avec nous. Soit. Ils plaisantent et discutent longuement autour du feu. Dans cette lumière, au milieu du champ, ils effectuent leur prière. Ils la font au sol dans les champs alors que nous dormons sur ce bloc de béton qui sert de mosquée. On ne pourrais les taxer de manque d’ouverture d’esprit..
Et c’est ainsi que nous ferons dormir par terre une équipe de police Égyptienne en pleine hiver. L’un est blotti contre l’abside de ma tente, par terre, sans matelas et avec une simple couverture.
Au matin on tente de réchauffer tout le monde avec un café raté à cause de l’eau d’une piètre qualité.
On repart la fleur au fusil. Et au bout du chemin quelques voitures de police nous barrent la route.
Notre garde rapproché nous accompagne donc jusqu’au Caire.

Premier jour de vélo avec une voiture de police au pas, devant et derrière nous, déblayant le passage lorsque le trafic ralentit. Ca nous fait rire je crois. Il y a dans mes souvenirs comme une espèce de vaste plaisanterie qu’on espère secrètement finir rapidement.
Le midi on s’arrête manger. A chaque issue du restaurant attend un garde avec kalashnikov. Ambiance. Puis le soir venu, on nous propose de dormir dans le stade de la grande ville à coté. Ainsi on se retrouve avec une dizaine de voitures de police dont certaines avec mitrailleuses en tourelles. On rentre en ville, la route est bloqué pour nous laisser passer avec force gyrophare et klaxons.
Là on nage en plein délire. On en rit mais chacun au fond de soi à un peu honte de cette situation, du déploiement pour 4 cyclistes crasseux. En tout cas j’ai honte derrière mes rires. Ca sera probablement l’unique fois qu’elle telle chose arrive, on en est conscient. La ville entière nous regarde passé, comble de la discrétion pour ceux qui tentent maladroitement de nous protéger.

Nous passerons la nuit dans une petite résidence confortable avec assignation à domicile, attendant qu’on veuille bien nous amener à boire et à manger. Etrange sentiment d’être prisonnier. De pédaler pour atteindre un stade de liberté, et d’en être réduit au pire.
Au petit matin ils nous attendent en bas, puis on part. Une grosse journée fatigante pour arriver au Caire. Là, conscient qu’ils ne nous lâcheront pas, on décide de les semer dans les bouchons en arriver vers la place Tahrir.
On se donne RDV quelques heures plus tard. Première étape jusqu’au Caire, c’est fait, mais pas sans peine. On s’assoit et on débrief. On comprends que ça ne va pas être facile et que toute la traversée du pays va probablement ressembler à ça. Qu’importe, c’est noël.
Mais à chaque sirène dans la rue on sursaute, on craint d’être surveillé et de gêner les gens chez qui on est hébergés et chez qui on ne se sent plus les bienvenues par tout le monde...

Visa Soudanais, provisions, repos, noël. Il est l’heure de repartir désormais, le Soudan nous attend.
Et un matin on dit au revoir à nos amis du Caire et on prend la route, partant un vendredi espérant avoir un peu de répit sur la route.
La sortie de ville n’est pas trop complexe, mais les kilomètres qui suivent sont impressionnants. Des douzaines de blocs de béton déjà construits mais vides d’Hommes. Des milliers d’appartements grisâtres dans une zone déserte, un ciel de plomb. C’est en silence qu’on pédale ici, allant vers le désert blanc, endroit qu’on nous a à la fois conseillé et déconseillé, selon vers qui ont tend l’oreille.

On passe un premier checkpoint de police sans se faire arrêter, on continue pour trouver de l’eau et tombons sur des mecs plutôt étranges. L’étaient ils vraiment ou était ce la journée qui nous faisons voir le tout en une teinte grisâtre. Tout est abandonnée aux alentours, sans vie. Morne et même à la limite de l’étrange. Des mecs nous trouvent et viennent se garer prés de nous pour demander quelques infos en arabe que j’ai du mal à comprendre. Ils sont 5, n’ont pas l’air de policier et n’ont surement pas grand chose à faire dans ce no man’s land. On reprend les vélos et pédalons vite.
Au loin une mosquée se dresse. Je n’ai jamais était si heureux de voir une mosquée. mais en s’approchant, elle semble être en travaux; ainsi que l’espace d’immense futur hôtel à coté.
Pas un bruit. Les portes du désert. Les volets cassés des toilettes de la mosquée viennent battent le mur. Ambiance.

On réfléchis, on pose le pour et le contre. Je n’ai probablement jamais autant réfléchi. On ne veut pas être vu ou entendu. Alors on se cache en attendant la nuit, et la nuit venue on casse le faisceau de nos lampes, vivant le plus possible dans le noir. On espère que personne ne nous trouvera ici, et surtout, qu’on ne croisera personne dans cet endroit lugubre.
On dort à l’intérieur de la mosquée. Tout est calme. On suit les phares des voitures par les fenêtres pour être sur que personne ne vienne de trop prés, ou en tout cas, pour être prêt à ça.
Le téléphone vibre, un attentat à eu lieu à Gizeh, par là où nous sommes passés ce jour. Ambiance.
Les yeux grands ouverts, allongé sur mon matelas, j’admire le plafond. Je n’arrive pas à dormir. Les phares qui traversent rapidement les carreaux sont autant d’ennemis potentiel.
Puis la fatigue l’emporte, cueilli par les premières lueurs. Je me touche. Entier et en vie. On range tout très rapidement, un temple d’efficacité. Puis on pars. Demi tour.


 

Partant du principe qu’on ne nous laissera pas traverser cette zone déjà sensible et un peu déstabilisé par les dernières 24h, nous retournons en arrière. Retour par le checkpoint de police. Pour eux tout va bien. Aussi relax que la veille. Notre présence ne semble pas nécessiter l’accompagnement de la police. Repassons par cette cité sans âme. Pour atterrir dans une station essence avec un café et une discussion autour de la table.
Peu importe, on avance. On avance et on voit.
Ainsi nous voilà sur les routes d’Égypte avec le Soudan pour objectif.

Nous prévoyons de rejoindre le Nil pour rouler sur cette route qui remonte le fleuve jusqu’à la frontière. Hier nous a secoué quelque peu, mais nous roulons confiant.
Le décor est sensiblement le même. Villes fantômes que lentement nous dépassons. Puis rejoignons la route principale qui elle nous amènera à El Fayoum. toujours pas d’escorte policière et plus que 30km à abattre.
Là, je me fais tirer par 3 jeunes qui roulent en pick-up juste à coté de moi. L’un s’étire et tente de me voler mon téléphone dans le poche. Je bataille comme je peux, comme on peut le faire sur un vélo lancé à 30km/H. Je tombe lamentablement au sol. Eux accélèrent. Pas de casse. Juste le moral. On va s’assoir un peu dans la station essence en face. J’ai toujours mon téléphone et je vais bien. Tout n’est finalement pas perdu. Il faut se mettre des claques pour remonter sur le vélo et avancer.

Jusqu’à El Fayoum je regarderais constamment derrière dans une absolue paranoia pour que personne ne s’approche de trop prés.
Nous trouvons un hôtel. Je me blotti sous la couette. Je ne veux plus bouger.
Ca ne fait que quelques jours que nous nous aventurons dans la traversée de ce continent, il reste des mois et des mois devant nous. Espérons que l’ambiance se détende, sinon ca va paraitre long, long, long.