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Partie 8 : Emirats Arabes Unis

On frappe à ma porte, le bateau arrive doucement au port. Je me lève et vais jeter un oeil sur le pont. A l’arrière du bateau, la nuit remplit l’horizon. A l’avant, la démesure remplit la perspective. L’horizon est lui brisé par les tours toute plus hautes les unes que les autres. Sur la droite cependant, une domine le reste, et de loin.

J’ai quitté l’Iran après deux mois et demi. Je sais que je vais retrouver un autre monde. Mais surtout, le fossé pouvait difficilement être si grand.
L’Iran est un pays si fermé sur lui même, si propre à lui même. Puis face à ça, la démesure bâtie en l’espace de quelques maigres décennies.
A quoi je pense ? A aller me baigner entre Sharjah et Dubaï, ça fera ma douche de la journée. Je vais aussi pouvoir remettre un short sans y prêter attention outre mesure. Je vais pouvoir boire une bière.
Voir mon ami Égyptien rencontré l’an passé au Caire. Revoir mes grands parents Belges. Avoir accès à internet sans VPN.
Ça, c’est que je mesure, ce que je peux me dire en buvant un dernier café sur le bateau. Je discute avec l’équipage Iranien. Ils m’aident à partir en paix avec le pays. Ils sont attentifs et adorables.

Il faut désormais patienter pour sortir du bateau, pour obtenir le tampon sur le passeport, pour récupérer vélo et bagages.
Je regarde la carte et trouve une plage pas loin. J’y file en vitesse, encore un peu à la fois endormir et excité de mettre les pieds dans un nouveau pays.
Et là c’est la catastrophe. Moi qui était dans l’expectative de pouvoir me baigner, je me retrouve sur une plage pleine de touristes en maillot de bain. Ca parait normal dans l’immédiat, mais il faut juste remettre à sa place les quelques mois de vélo en terre Mahométane.

Je retranscris rapidement et poliment ce qui m’a aussi pris quelques lignes dans mon carnet, mais de manière peu plus vulgaire.
J’ai clairement eu envie de retourner en Iran. Non pas que j’aime la pudibonderie, mais j’ai eu l’impression d’atterrir dans le palais du tourisme de seconde zone.

Cette plage coincé entre usine, port et hôtels, c’est la plage de ceux qui prétendent passer leur vacances à Dubai pour avoir l’air malin sur les réseaux sociaux alors qu’ils fréquentent le bout de sable que les plages privées ont bien voulus laisser.
Et la vraiment je suis gentil hein. Je ne veux pas mentir, je n’y arrive pas. On dit souvent que je me plains, je dis juste ce que je pense.

Et là, c’est la douche froide en sortant du bateau. Je repense à ces mois en Iran à manger la même chose, à vivre dans la simplicité imposée. Puis atterri ici. Les restaurants à buffet à volonté de seconde zone, les plages minuscules et encerclées de béton.
J’étais impatient de venir et maintenant ? Je veux retourner dans les montagnes Iraniennes. Là où tout était simple puisque la complication n’était pas un choix possible.

Je me souviens avoir discuté avec un chauffeur de taxi pakistanais, surement le mec le plus intéressant de toute la plage, puis j’ai fuis. Je devais attendre que mon ami rentre du boulot, et pour le contacter, trouver du wifi.
J’ai bu un mauvais café dans un endroit où le wifi était si rapide et sans restrictions que je n’avais plus souvenir que l’on pouvait accéder à tant de choses en si peu de temps. Un premier souffle. `

J’apprends que mes grands parents Belges sont avec le camping car à 1km de là où je bois ce mauvais café. Je file au bord de l’eau les retrouver. Heureux de se retrouveront parle de l’Iran et surtout de l’après Iran. Tout le monde à l’air heureux d’être ici.

Je rejoins mon ami plus tard, en trouvant ma route parmi tout les buildings, je le retrouve au milieu de Sharjah.
Sharjah, c’est la banlieue de Dubaï, là où toutes les nationalités venus travailler à Dubai se côtoient. Je crois que c’est mon endroit préféré là bas. Dans la même rue, on peut manger ce que la terre entière à crée de meilleur. Épiceries, restaurants, boulangerie. Afghan, Pakistanais, Philippins, Égyptiens, Indiens. On se sent autant à sa place que tout le monde.
La langue change d’un coin de rue à l’autre. La tenue vestimentaire aussi. C’est beau, c’est simple. Tout le monde vit ensemble, et en admettant qu’ils ne s’aiment pas, au moins ils se supportent.
Ainsi l’on trouve temps, mosquées, églises. Mais pas d’alcool à Sharjah. Le seul état des EAU non autorisé à vendre de l’alcool.
Qu’importe, à peine arrivé, on fonce à Ajman au grand supermarché de l’alcool. Là encore, toutes les nationalités se côtoient. Les plus marrants sont les Saoudiens qui retirent leur djellaba traditionnelle avant de rentrer. L’hypocrisie dans ce qu’il y a de plus simple.

Et pour moi c’est noël. Considérant les prix, je ne dévalise pas le magasin, mais c’est surtout la taille du magasin et le choix qui est impressionnant. On passe de l’Iran à ici. De rien à tout.

Je passe quelques jours chez mon ami à manger des plats des quatre coins du globe, nous plus bon les uns que les autres. Je suis reçu comme un roi. Et ceux que je ne connaissais pas auparavant sont devenus mes amis.
Puis Dubaï, que dire. L’extravagance, voilà le mot.
Même si je ne me sens pas forcément à ma place, je ne sais pas quel type de profil i faut pour se sentir à sa place dans un tel endroit. Mais heureux d’être venu, c’est une agréable surprise. Tout est grandiloquent, surprenant. Les fontaines, les lumières et la musique qui entourent cette construction la plus haute du monde. Tout le monde à la tête en l’air, tout se passe en l’air.

En dehors de ça, je ne bouge pas beaucoup, voulant respecter au mieux la définition du repos. Mais mon corps est rendu malade d’inactivité. Je ne me sens pas bien physiquement, il faut que je reprenne la route. Je calcule, ça me laisse le temps de trainer sur la cote Omanaise avant de reprendre l’avion.
Alors un matin je dis au revoir à tout le monde et m’apprête à prendre la route seul.

La sortie de Dubai est moins chaotique que prévue, puis 24km plus tard, je me retrouve au beau milieu du désert. Cette route qui traverse le pays d’ouest en est, et de part et d’autre ne se trouvent que des étendues de sable brun.
Loin d’être seul cependant. Ces bouts de désert son clôturés, mais le vent fait s’amasser le sable et ainsi on marche au dessus des clôtures. Des vacanciers s’y aventure en quad, d’autres à cheval.
Il y en a pour tout le monde ici.

Je trouve le repos dans un bout de désert fréquenté des locaux qui veulent festoyer loin des regards, du bruit et de la ville.
Je suis heureux de me retrouver seul cependant. J’allume un feu qui me tient compagnie, mange un plat qu’un policier m’a donné dans l’après midi, puis m’endors.
Difficile de décrire ce que cet endroit à fait sur moi. C’est le retour à la solitude, aux discussions avec soi même, aux nuits dehors sous les étoiles.
Au petit matin, des groupes qui festoyaient ci et là, je ne retrouve que leur tas de déchets en lieu et place.

Pour rejoindre la frontière Omanaise, il faut que je traverse la montagne du centre pour rejoindre la côte est. Les routes n’étant pas faites pour les cyclistes, les pentes sont relativement ardus.
Mais presque aucun trafic, j’ai la montagne pour moi seul.
Je passe les 12 000km lorsque le col se termine et débouche sur la mer, il n’y a plus qu’a redescendre et je peux me baigner. Peu avant ça quelques voitures s’arrêtent devant moi et me font signe de stopper. S’en suivra 30 minutes de selfies et d’interview vidéo, m’incitant par ailleurs chaudement à visiter le sud de l’Inde et le Bangladesh.

Arrivé sur la côte, je trouve un endroit pour dormir qui n’a rien de sauvage, mais si je suis en sécurité, c’est tout à fait satisfaisant. J’aurais pu passer la frontière directement mais n’étant pas pressé et comptant les jours du visa Omanais, je décide de ne le passer que le lendemain matin.
Même constat le soir et le matin. Des locaux sont venus festoyer, et le soleil levant viendra éclairer leur tas de déchets soigneusement laissés en place. Et peu après, des mecs passent pour tout nettoyer. A quoi bon prendre soin de son pays alors que des pakistanais sont payés pour ça.

Puis c’est la ligne droite. Quelques kilomètres avant la frontière. Quelques jours avant de voler pour le Caire. Tout va si vite. Cette ile Iranienne et les copains qui vont avec me manquent.
Tout est rapide à la frontière, pas le temps de regarder derrière soi. Ça y est j’ai changé de pays à nouveau.