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Partie 3 : Ethiopie

Une fois la frontière passée, c'est le jour qui descend rapidement déjà.
En tâtonnant, nous avançons en scrutant ce qui pourrait être un endroit paisible pour dormir. Finalement, nous avons campé au camp de militaire à 4km de la frontière. Et là, c’est le choc. De la musique, de la bière et des filles.
En quelques kilomètres, tout s’écroule. C’est à nouveau la débauche. Les filles me font signe, je rougis comme un enfant. Ça faisait si longtemps. Mais je reste concentré sur ma bière. Depuis tout ce temps, quelle merveille.
On se rend vite compte que c’est un espèce de bordel à ciel ouvert. Alors rien que ça ca change des mois précédents. On s’éloigne et les militaires nous font dormir par chez eux, où nous sommes parait il en sécurité.

Un premier jour se lève notre aventure Éthiopienne. Tout d’abord, il faut abattre les 60km qui relie la frontière à Humera. La frontière n’est pas officiel du côté Éthiopien, elle ne permet pas de se faire tamponner le visa.
Mon esprit navigue entre deux idées. Je n’ai entendu que du bien de cette région, mais j’ai toujours une appréhension concernant le pays, et ma confiance est resté à la frontière, côté Soudanais.
On roule et je fais attention à tout ce qui se déroule autour de moi, comme si je devais évidemment recevoir un caillou sur le coin du nez ou un coup de bâton. En échange de ma paranoïa, je n’ai le droit qu’aux sourires et à la bienveillance.

Passage à Humera. Ville calme et plutôt jolie à la frontière avec l’Érythrée.
C’est ici que vous pouvez régler tout ce qui peut être fait au passage de frontière, cartes sim et bureau d’immigration.
Donc carte sim, passeport en règle, chaleur à crever, bonne bouffe, bière.
On retrouve enfin un cours de vie à peu prés normal. Le tout pour quelques jours puis on repart.

La route est belle, vallonnée. Plus habitué au dénivelé, les premiers jours réveillent les jambes et secouent le moral. Mais le décor est superbe. Les montagnes arides ont des formes fabuleuses que l’on prend le temps d’essayer de décrypter.
La population est adorable. Nous roulons au calme et nous sentons les bienvenus.
Nous découvrons aussi la cérémonie du café, un des attraits de ma venue en Éthiopie. C'est quasi interminable. D'abord on allume les braises, puis le café est fraichement torréfié, moulu et préparé. Ca peut prendre parfois presque une heure.
Dans cette région, le Tigray, on sent l'envie de prendre le temps de rouler et de nous arrêter boire une bière ou un café avec les locaux qui nous invitent d’un geste de la main.
Mais la route que nous prenons, elle nous rallonge aussi sévèrement le chemin jusqu’au Kenya. En commençant par le côté paisible du pays, on se met quelques centaines de kilomètres en plus.
Sachant que le plus dur reste à faire, on a aussi envie d’avancer et d’en finir.


Arrivé à Shire, nous y prenons un jour de repos et nous apprêtons moralement à attaquer la suite. On nous a dit qu’après Shire, l’ambiance commençait lentement à changer et à devenir ce que l’on craignait qu’elle puisse être.
Mais jusqu’alors, ravi de la route. De plus nous avons réussi à camper tous les soirs. Écoles ou jardins nous ont accueillis, parfois dans l’incompréhension la plus totale de ce mode de vie en tente.

De là, l’objectif prochain était Mekele. C’est bon se mettre un point sur la carte pas trop loin pour avoir l’impression d’avancer à mesure que le nombre de km qui nous sépare de ce point diminue.
Et c’est impressionnant car ce que l’on nous avais prédit se réalisa. Une fois le panneau de sortie de Shire derrière nous, nous avons eu pour le première fois des enfants qui gentiment réclamaient de l’argent.
Le dénivelé a aussi commencé à sérieusement s’intensifier. A partir de là, et pendant un moment qui m’a paru long, j’eus l’impression de ne faire que monter et descendre, sans cesse, toute la journée, chaque jour. Encore que j’ai plus eu l’impression des monter que de descendre. Ce qui en soit n’était pas tronqué puisque nous partions des bas plateaux Soudanais pour monter sur les hauts plateaux d’Éthiopie.

Nous passerons un col à 3000m qui nous prendra une demi journée. L’Éthiopie et son dénivelé nous mettent face à la réalité : rien ne sert de se plaindre, il faut sortir d’ici, et c’est la seule route.
Mais jusque là, le paysage était si beau qui la lenteur et l’effort n’était pas un problème.
A chaque sommet, les perspectives changeaient. Nous découvrions un monde différent, des couleurs différents, une végétation différente. Facile d’oublier les petits tracas qui commençaient doucement à s’accumuler malgré tout.

Toujours le Tigray, mais la population semblait tout de même évoluait avec un niveau de vie inférieur. Moins de troupeaux, vêtements sale et déchirés, enfants moins propres et au regard désespéré.

La moyenne d’âge des emmerdeurs est entre 6 et 14 ans environ, que des petits mecs. Le dénivelé nous rend lent. Les gamins nous repèrent de loin et courent parfois des distances phénoménales pour nous voir passer. Mais de plus en plus ils ne font pas que nous regarder passer, ils nous suivent parfois pendant quelques kilomètres à réclamer sans se lasser de l’argent, des stylos ou des feuilles. Rarement seuls, ils s’amusent en bande à nous voir perdre patience, surtout moi d’ailleurs il faut bien avouer.
Lorsqu’ils abandonnent dans un tonnerre de rire et de cris, la scène se conclut par quelques jets de cailloux.
A chaque fois je stoppe le vélo et me retourne, ça les fait fuir dans la plupart des cas. Parfois il faut poser le vélo et sortir le bâton. Ça règle la question dans le reste des cas.
Loin de moi l’idée de vouloir faire mal à quelqu’un, mais j’espère leur faire comprendre que non, ce n’est pas normal de jeter des cailloux, bâtons où autres projectiles sur n’importe qui pour n’importe quelle raison, si tant est qu’on puisse en trouver une.

On se rend compte aussi à cet instant de l’inutilité des adultes. Malgré le fait que ce genre de scène ne se passe rarement en plein milieu des villages, on est bien content lorsque l’o croise un adulte au beau milieu de nul part alors que nous somme suivis par une bande de gamins.
Bien souvent les situations les font rire et d’un espèce de regard complice nous font comprendre que ce ne sont que des enfants après tout. Nous ne sommes pas du même avis, mais une fois de plus ici, la barrière de la langue rend le semblant de dialogue inutile.

Nous passons Mekele et dormons un peu plus loin. Chaque soir nous dormons dans des hotels qui s’avèrent être des bordels plus qu’autre chose. Au moins ils ne sont pas cher.

A la sortie de Mekele nous devons prendre une décision pour rejoindre Alamata. Gauche ou droite ? La section de droite est apparemment un peu plus dodgy, celle de gauche un peu plus montagneuse. Beaucoup plus en fait. On espère donc en demandant leurs avis aux locaux qu’ils nous guident vers l’est.
On arrive au petit matin au pied de l’intersection et choisissons la moins montagneuse. Ca reste une sérieuse session de grimpe mais incomparable avec l’autre côté. Les gamins nous repèrent de loin, et nous appellent de tout aussi loin. Si aucune vallée ne nous sépare, il court vers nous et nous suivent pendant de longues minutes. Lassé d’entendre la même chose, de répéter la même chose.
Le soir arrivé, les kilomètres ont suffisamment défiler sous les roues, nous trouvons un hôtel. Le moment que je préfère en Éthiopie. Boire une bière, et m’enfermer dans la chambre pour me faire à manger.
Le lendemain nous arrivons à Alamata. C’était plus facile que ce que l’on nous avait annoncé et le décor valait le détour. La ville est détestable. Le peu de temps que l’on y passe nous sommes suivi dans la rue, harcelés et moqués. Tant pis pour les négociations, le premier hôtel sera le bon, à condition qu’il y ait un endroit où l’on puisse se poser tranquillement, à l’abri des regards.

Dés lors et pour les prochains jours, le paysage ne sera plus aussi grandiose qu’auparavant, quelques nuages apparaissent et minent le moral. Un dernier col pour arriver à Weldiya, de là nous retrouverons les copains.
Les cols sont un peu de répit pour nous dans le sens ou il y a bien souvent une moins grande densité de population, qu’importe ce qu’en pense les jambes. Elles tournent sans poser de question, le moral lui réclame les pauses.
Donc encore un col, 2 ou 3 heures et nous sommes en haut. Nous partons au petit matin, lorsque les rues sont à moitié désertes et que le soleil n’est pas trop agressif.
Je m’amuse à attraper quelques camions pour arriver plus vite en haut et mériter peu rapidement la pause bière.

A Weldiya nous retrouvons nos amis cycles rencontrés à Khartoum. Nous repartirons le lendemain à 6. Une sacrée équipe, et d’autant plus de motivation. Nous roulons donc avec le sourire et le nombre nous permet bien souvent d’être plus nombreux que les groupes d’enfants. On développe des techniques pour arriver à rire de tout, pour rester souriant et poli. C’est beaucoup plus facile tous ensemble mais la fatigue s’installe malgré tout.

Encore et toujours, on ne fait que monter et descendre. La route est safe mais pas forcément agréable. Nous arrivons et passons Dessie sous la pluie, ça faisait bien longtemps que je ne l’avais vu cette pluie !
De là il faut redescendre quelques centaines de mètres de dénivelés sous la pluie. Au mois lorsqu’il pleut il n’y a personne dehors, heureux sous les trombes d’eau donc.
Ewaut, notre camarade Belge monte dans un bus le lendemain matin. S’en fini pour lui, avec soulagement il arrête, monte dans ce bus pour Addis, et d’Addis à Bruxelles. On se dit au revoir chaleureusement. Je crois qu’à cet instant tout le monde l’envie, une certaine partie de nous aimerais avec le courage de prendre une telle décision, mais non, on continue. Nous nous reverrons dans quelques jours dans la capitale.

A partir de là s’engage le dernier bras de fer, la dernière ligne droite vers la capitale. On rêve de ces quelques jours de repos, on rêve aussi d’un bon hamburger. De manger autre chose que ce que la route quotidiennement. J’ai quotidiennement l’incompréhension de l’attrait des gens pour la cuisine Éthiopienne. Non pas qu’elle ne soit pas bonne. Mais qu’elle est répétitive. On rêve de ça à voix haute.

Il y eu des jours d’extrême énervement. Des jours où je pleurais à demi sur le vélo de ne plus me reconnaitre. D’avoir découvert une face de moi qu’on m’a forcé à adopter.
Je deviens agressif aussi, plus aucune envie de saluer ou de répondre.
On évite quelques grosses pierres de peu, quelques coups de bâton, on laisse couler les insultes et menaces. Même si le groupe semble gérer ça plutôt bien, je n’ai pas cette capacité d’acceptation ou cette patience.
Je pose volontiers mon vélo, attrapant rapidement mon vélo et prêt à bondir sur tout le monde. Chacun fuit, s’éparpille. Les adultes regardent ça amusés.
Ces quelques jours, je me sens perpétuellement agressés et sans peur aucune, j’avance, prêt à me battre.
J’attends même l’erreur venant d’autrui. J’attends que quelqu’un vise correctement ou fasse le mauvais geste de trop. J’attends patiemment pour me défouler.
Je ne me reconnais plus. Je suis triste d’en arriver là, triste de ne plus rouler par amour du vélo et le bonheur que ça me procure.
J’avance parce qu’il le faut.
Vivement Addis, que je puisse souffler et réfléchir au calme.

Le col tant attendu s’annonce pour bientôt. Nous n’avons pas pu le manquer sur le tracé GPS. Comme un mur qui s’annonce devant nous et qui va côtoyer les nuages à plus de 3200m.
Un peu d’appréhension et d’excitation, mais on sait que c’est la dernière difficulté, après le dénivelé tend plus vers le bas que l’inverse.
Nous dormons au pied, et l’attaquons tôt le matin. C’est le week end, ont attend que les derniers clients des bars soient rentrés et que les premiers levés déambulent dans la brume du matin.

On se prépare mentalement. On sait qu’on en a pour une bonne partie de la journée, pour quelques heures de verticalité sans répit. Puisque c’est ainsi, on démarre !
Entre deux villages préparons le café et attaquons le deuxième petit déjeuner. Entre deux villages nous sommes tranquilles. Entre deux villages, personnes qui trainent sur cette route.
L’ascension sera agrémentée de quelques pauses bières, la circulation n’est pas trop dense et les gens sont plutôt agréables.
La dernière section de 10km se passe dans une belle et grande forêt d’eucalyptus. Les odeurs, le bruits des branches que le vent fait briller, les oiseaux. On aimerais que ça soit comme ça plus souvent. Comme une envie de retourner pédaler en Europe où tout est bien plus simple.
Je reçois un caillou des 3 seuls personnes croisées dans cette section, sans grande surprise.
Je fais demi tour et demande explication, l’un s’excuse, un autre s’enfuit et le 3éme devient agressif, ça tombe bien, c’est quelque chose que je peux faire aussi. Il prétend faire ça car il a faim.
J’essaie donc en échange de lui expliquer que me jeter des cailloux ne lui remplira pas l’estomac et qu’en plus de ça, je n’ai aucune envie de partager ce que j’ai dans mes sacoches avec lui. On se quitte dans l’incompréhension mutuelle. Qu’importe.

Nous dormirons juste un eu en dessous du sommet. L’endroit ne prête pas vraiment au camping. Le terrain alentour est pentu et trop à découvert pour se cacher.
Nous trouvons deux chambres dans le seul hôtel de la ville. C’est bon marché et tout le monde est adorable avec nous. La cour intérieur me rappelle un peu le Népal, comme certains villages d’ailleurs.
Un endroit paisible qui nous fait le plus grand bien et qui marque le début de la descente vers Addis.

Tôt le lendemain nous partons pour les derniers mètres jusqu’au sommet. Il fait froid. Nous redécouvrons le froid. Et armés de gants, bonnets et vêtements en laine, nous montons à travers les nuages pour découvrir cette magnifique vue sur la vallée et sur cette fameuse brèche dans la montagne qui tombe à pic sur plusieurs centaines de mètres et dans laquelle s’engouffrent les nuages.
En l’espace de quelques secondes, la route est couverte de nuage. Nous ne voyons plus à dix mètres. C’est magique. Nous sommes seuls et heureux.
Puis nous redescendons petit à petit. Les gens sont adorables, nous saluent chaleureusement et nous sourient. Il y a cette connexion spécial avec les Hommes des hauts plateaux et des montagnes. Ils ne s’embrassent pas en questionnement, encore moins à savoir ce que nous faisons là. Ils le savent. L’endroit est si beau que la réponse est plutôt évidente.

Durant les 3 jours suivants nous descendrons de plus en plus depuis ce sommet pour arriver à Addis.
Ça sera 3 jours exceptionnellement calmes.
Le paysage devient de moins en moins intéressant à mesure que l’on descend et nous rapprochons de la capitale. Mais qu’importe, l’excitation de se rapprocher d’Addis, et surtout du Kenya, l’emporte haut la main.

L’entrée dans la capitale n’est pas si catastrophique. A l’image du pays, il nous faudra successivement monter et descendre pour atteindre le centre de la ville.
A côté de l’hôtel nous avons tout ce qu’il faut pour bouger le moins possible ! N’étant pas la ville la plus intéressante du monde, j’ai surtout prévu le repos.
Contrairement à mon vécu d’il y a deux ans, je me sens bien à Addis cette fois ça, peut être le contraste avec l’arrière pays qui rend la capitale calme et détente pour la personne de couleur blanche.
Je visite quelques églises cependant, les coffee shops et les restaurants pour refaire le plein de nourriture western style. Les gens sont plutôt sympas et accueillants, c’est presque des vacances d’être ici.
Nous sortons un soir dans un club de jazz réputé de la ville qui nous offrira un décevant concert d’un groupe local qui se produit chaque semaine et qui a perdu son âme en cours de route.
Nous espérions pouvoir faire les courses ici et trouver des choses intéressantes mais tout ce qui nous parait intéressant et aussi sévèrement cher.

Mais il faut aussi de décider à partir. Le sud attend, et ce que je pense être le pire du pays est encore devant nous. Pourtant le Kenya n’est plus si loin, il faut trouver la force de partir.
C’était si bon ce petit mocha chaque matin au super coffee shop du coin, ces fameux samosas à deux pas de l’hôtel, le petit déjeuner juste en face. Tout est simple. Trop simple ?
Alors après un dernier bon petit déjeuner on se décide à partir, il est déjà tard dans la matinée.

La route, pas grand chose à dire. Plutôt insignifiant. En redescendant des montagnes, on retourne dans ce paysage de savane propre au sud du Soudan et au nord ouest de l’Éthiopie.
On roule, on encaisse. On en rit le soir, surtout après quelques bières. On se convainc qu’il faut manger.
C’est vraiment chouette de rouler à 4. Et être avec deux filles ça change aussi complètement la dynamique.
Je suis d’ailleurs particulièrement respectueux de leur histoire et songeur face à leur calme. enfin, surtout celui d’Astrid. Jude étant plutôt comme moi. Lorsque ça chauffe on évite de nous laisser à deux. Comme deux mauvais élèves au fond de la classe qu’on essaie de séparer

Et en l’occurrence ça chauffe de manière régulière. La section entre Shashamene et Awassah est courte mais épuisante. Les gamins des deux côtés de la route nous repèrent de loin et je jeté sur nous. J’ai rarement roulé aussi vite. J’ai vraiment l’impression d’une scène d’hystérie collective.

Lorsque ça se calme enfin, on apprécie le calme tout en restant sur nos gardes et en étant très parano sur tout ce qui ressemble de prés ou de loin à un humain.

Avant de rentrer sur Awassah, ce paisible endroit trouvé par hasard au bord d’un lac qui abrite des hippopotames. On passe une super soirée, regardant une dizaine d’hippisme sortir au soir venu.
On y dors si prés d’eux que la nuit je me réveille sans cesse en les entendant, les croyant au pied de ma tente.
Le lendemain je me réveille avec cette caractéristique envie de ne pas bouger et de boire des bières jusqu’à plus soif. C’est ce que je ferais. Une journée de moins sur le compte de kilomètres à abattre pour atteindre le Kenya. Qu’importe, vive la paresse.
Paresse qui ne dure qu’un laps de temps très court chez moi, puisque le soir même je décide de reprendre la route le lendemain.
Ce fameux lendemain. Cette fameuse journée de vélo en Éthiopie.