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Partie 7 : Iran

Chapitre 1.

Un couloir extérieur mène sous un panneau rouge où en blanc me saisissent ces 4 lettres, Iran.
Ca y est. Nous avons traversé tout ce que nous croyons connaitre pour arriver dans l’inconnu, le vrai. Celui qui est victime des clichés et des images que l’on diffuse à l’extérieur sans que l’on essaie d’y pénétrer pour voir de ses propres yeux.
Et nous y sommes. Nous avons hâte, et c’est peu dire.
Un coup d’oeil sur le visa, un coup de tampon sur le passeport et on nous souhaite la bienvenue.

Je descend les marches avec les larmes aux yeux. L’Iran. Là et maintenant.
La ville de Bazargan siège entre les sommets alentours.
On se serre chacun dans les bras, émus et heureux. Puis c’est l’euphorie dans la descente qui mène à la ville. Mais il se fait tard, pas le temps pour du tourisme. Nous la traversons et cherchons un endroit pour poser la tente. Nous demandons à un père et son fils dans un garage, il nous laisserons dormir dans le garage pour la nuit. Garage plein de moustiques, il part et revient 10 minutes après avec une bombe antimoustiques.

Le lendemain nous continuons la route entre les montagnes, qui nous mène a la ville de Maku. A l’entrée, des camions militaires et des soldats armés jusqu’aux dents défilent. Pas mal pour une entrée en matière en Iran, on se demande ce qu’il peut bien se passer dans le coin, mais nous apprendrons plus tard que ce n’est qu’une marche commémorative de la guerre Iran-Irak.

En cherchant un endroit où boire un thé, deux femmes nous accostent et viennent nous parler. Ça faisait bien longtemps que ce n’était pas arrivé. Dans la campagne Turque, une telle approche était presque impossible. Ou en tout cas, aucun de nous quatre ne l’avons vu.
La ville serpente dans un canyon magnifique, elle s’y est installé en son creux, s’étendant en long puisque la largeur manquait.

Nos yeux n’en peuvent plus. On cherche ce qui fait l’Iran et qu’on ne trouve nul part ailleurs. Avons tous beaucoup lu et entendu sur ce pays, c’est maintenant la grande surprise.
Nous roulons dans un premier temps en direction de Tabriz. Très vite on se fait à l’hospitalité Iranienne. Les gens courent après nous dans la rue pour nous proposer de nous héberger, on nous nourri et nous accueille comme un lointain membre de la famille

La route n’est pas des plus fabuleuse. Elle est même plutôt longue, passant dans des coins de montagnes désertiques où il faut gérer les longues distances droites et sans fin, ainsi que le dénivelé. Ca fait d’ailleurs un bon moment que nous ne sommes pas redescendu en dessous de 1500m.
Il faut, ici plus qu’avant, apprendre à gérer l’eau et la nourriture. On découvre aussi une nouvelle cuisine, une nouvelle manière de servir le thé.

La route devient plus rude. Et tout me pète à la figure un soir en particulier. Au beau milieu du désert, nous trouvons un peu d’eau et une maison abandonnée. On balaie le verre cassé et essayons d’y trouver notre place. Je ne la trouverais pas ce soir là. Je regarde par ce qui reste de la fenêtre. Le ciel est scindé en deux de manière systématique par des éclairs orange ci et là.

Il n’est pas question de savoir ce que je peux bien faire ici, ça je le sais. Je mesure simplement l’écart entre les mois où l’on roulait en Europe torse nu, entre deux bars, l’esprit léger. C’est fini. Fini l’herbe grasse sur laquelle on s’étalait. On roule pour la découverte maintenant, pour l’amour de l’exploration. La candeur est derrière nous. C’est ce soir là que tout changea en moi.

Au petit matin, les dromadaires sauvages traversent la route, les panneaux nous avaient prévenus pourtant ! Une manière de me faire comprendre que j’ai troquer la candeur contre un autre type d’émerveillement. Un émerveillement que je me dois de mériter.
Arrivons à Tabriz dans le chaos de la ville soutenu par le fait que nous n’avons aucune idée de où nous allons. On tâtonne, on cherche. Ce n’est pas le genre de ville dans lequel on tâtonne. On doit savoir où on va ici. Est ce pour ça que Bouvier est resté si longtemps ici ? Je ne peux m’empêcher de penser à lui en entrant dans cette ville mythique.
Cette ville qui au delà de son existence matériel est surtout un nom. Un de ces noms qui résonne en chaque voyageur et lecteur qui s’est plongé dans les livres des décennies ou siècles passés.

Mais elle ne nous apportera rien de grandiose cette ville, je ne peux mentir. On repartira reposé mais un peu déçu. Elle était trop ancré en moi, donnant des attentes qui sont de fait difficiles à satisfaire.
Cependant on continue à nous appeler de partout pour nous inviter au thé. Un matin, nous ferons à peine plus de 400 mètres avant de prendre un second petit déjeuner. On est bien loin des clichés sur l’Iran, et les Iraniens s’appliquent de leur mieux à nous le rappeler.

Nous arrivons lentement mais surement vers Téhéran. Les espaces entre les villages et les habitations se resserrent. C’est loin d’être beau, on fonce tête baissé. Le temps presse pour Renaud qui doit prendre son avion. Au bord des 10 000km et trop loin pour l’atteindre à vélo, Téhéran le force à prendre un bus. Ainsi je perds en quelques minutes celui qui a fait toute cette route avec moi, cette route qui n’aurait pas était si belle et intéressante sans lui

On reprend la route à trois. A 70km à l’ouest de Téhéran commence l’aire urbaine et le traffic se densifie sérieusement. On dort à 40 km du centre de la capitale dans un parc ouvert la nuit. Ca ne pose de problème à personne. Même si la notion de camping est différente en Iran, elle existe bel et bien. Ainsi on ne nous prend pas pour des fous lorsque nous disons que nous dormons dehors sous un petit abri en toile d’un mètre carré.

Levé à 5h du matin et départ quasi immédiat. On veut rentrer en ville avant que le traffic se densifie. C’est 40km de route rectiligne et bien occupée qui nous amène au centre de la ville. Arrivons à l’hôtel, fatigué mais heureux d’entrer dans cette ville. Elle aussi sonne comme un endroit mythique dans lequel il faut avoir pénétré à vélo une fois dans sa vie.

On file à l’hôtel, petit havre de paradis duquel on a du mal à sortir. C’est aussi le nouveau rendez vous de tous les voyageurs de passage dans le coin. J’y retrouve aussi mon père et mon pote. C’est aussi là qu’on va se quitter avec Damien et Timothée. Ce fût une bien belle route ensemble, maintenant je prends deux semaines de repos et pars me balader en bus dans le pays, laissant mon vélo accroché au porte vélo de l’hôtel. J’ai déjà hâte de le retrouver.

Quel plaisir que de voir les uns, autant qu’il est triste de quitter les autres. Mais c’est comme ça, il faut accepter les départs de chacun, ayant toujours été du côté de ce qui partaient.

Ainsi commence un périple de deux semaines dans le pays, profitant de ces trajets pour aller là où le vélo n’est pas censé m’amener. Isfahan, Chiraz, Kashan, Kerman..
Des villes mythiques, des déserts sublimes.
Du temps passé dans des auberges de jeunesse plutôt que sous la tente, on reprend vite le goût du sac à dos. Ça permet d’échanger et de partager.

C’est l’occasion aussi de profiter des bons côtés gastronomiques des villes touristiques. Bons restaurants traditionnels et coffee shop tenus avec amour.
Une parenthèse de douceur dans un périple à vélo qui est moins simple que je n’avais pu l’imaginer.

Les villes s’enchainent doucement. On garde en tête, et ce pour toujours, les sublimes mosquée d’Isfahan, l’indolence des rues de Kashan l’après midi, les baisers posés sur le tombeau de Hafez à Chiraz, le calme des nuits dans le désert, les nuits en bus et les traversées de lignes sans fin qu’il me faudra bientôt parcourir en sens inverse à vélo cette fois.

C’est un petit paradis que ce temps passé ensemble avant qu’eux reprennent l’avion et moi la route. On aimerais que ça dure plus longtemps, que la route ne nous appelle pas.

Et la nuit avant de partir, je rencontre Chris, un allemand, qui est encore dans l’incertitude de son trajet. « Tu veux aller au sud avec moi ? J’ai besoin de soleil. - Non désolé je remonte vers l’Allemagne, c’est dans l’autre sens. »
Nous resterons un mois et demi ensemble et irons à l’extrême sud du pays.

La suite dans la deuxième partie !