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Partie 11 : Namibie

Avant dernier pays et peut être le plus attendu, la Namibie.
Le nom est peut être moins exotique que d’autres, mais le contenu fait rêver. En tout cas ce que l’on nous en a raconté ou montré donne envie.

La démarre la partie du Kalahari Namibien. Comprendre par là une énième ligne droit et plate de 300km qui amène à la capitale. Et entre deux ? Pas grand chose.
Nous passons la frontière et voyons cette ligne droite devant nous. Elle est impitoyable de droiture. Puis de part et d’autre, des barrières.
On trouve de l’eau, nous allongeons dans l’herbe de la station essence en se demandant depuis quand on avait pas vu d’herbe, puis nous renseignons sur la route qui suit.
Et apparement les barrières ne cessent jusqu’à Windhoek, ça s’annonce donc compliqué d’autant plus que l’heure tourne.
Nous cédons face au charme du camping pour finir. Et l’accès à la nourriture qui nous accompagnera désormais d’ici au Cap, les espèces de tourtes salées, le boxeur séché et autre innovation à base de pâte et de viande.

Le lendemain nous attaquons cette section qui va durer à peu prés 3 jours entiers avant d’arriver dans la capitale. Nous passons à Gobabis, là où ne nous attendions pas à trouver une ville ayant l’air si européenne. En effet, c’est plein de magasins affriolants, d’églises qui ressemblent à quelque chose de concret, les rues sont propres et tout semble bien organisé. On est séduit !
La route qui suivra en revanche ne nous apportera rien de spécial mis à part les endroits où l’on dort qui nous en disent long sur l’état des choses.

La première nuit, réconforté par une bière à l’ombre, les patrons d’un supermarché et futur restaurant nous offre un carré d’herbe pour planter la tente. J’ai l’impression de pouvoir dire où les blancs vivent et où les noirs vivent. Les villes commencent à avoir des frontières visibles à l’oeil nu.
Le village est calme et mignon, typique des villages de Namibie à ce que j’en ai vu. Cependant on nous fait mettre nos vélos et affaires à l’intérieur, car apparement les “noirs” du village ne sont pas fréquentable au point de laisser son vélo dehors la nuit.

La deuxième nuit, c’est un peu la catastrophe pour dormir dans cette morne plaine jusqu’à ce que l’on tombe sur une grosse ferme. On rentre et on sonne, personne. A 500m voir plus, une autre ferme, celle qui est en toute logique celle de l’employé de la famille de fermier.
Lui est adorable, et a pour consigne d’ouvrir la maison aux cyclistes de passage. Alors on se retrouve dans un immense jardin avec accès aux toilettes et salle de bain, le luxe.
Classique des fermes du coin. Elles sont possédées par des blancs mais ceux qui bossent la terre sont une poignée d’employés qui vivent sur le terrain mais le plus loin possible de la maison des proprios.
Parfois lorsque les fermes sont un peu en hauteur, on voit clairement la grosse maison et un peu plus loin la caravane du mec qui bosse là.

Et la troisième nuit juste avant Windhoek, nous trouvons une bière dans un petit village. Un blanc à rénové un ancien wagon de chemin de fer et l’a transformé en magasin de première nécessité.
D’un côté des rails, de belles maisons bien spacieuses, et de l’autre, le classique fatras d’habitations.
Il est adorable ce monsieur, vraiment. On discute et il nous offre une nouvelle bière avant de fermer et de nous donner les consignes de sécurité pour rien ne se faire voler par l’autre côté du village.

C’est à partir de ce pays, de ces moments là, que l’on va commencer à scinder la population et les gens qui nous entourent en noir et blanc non pas de par notre ressenti, mais par la mise en évidence dans la bouche des autres et par l’évidence de l’urbanisation. Et ça va changera pas mal de choses par la suite, mais ce n’est pas encore l’heure.

Ce dernier bivouac se fait au pied de nos adieux à la platitude. Les montagnes se déroulent devant, et le soleil qui se couche nous offre un joli spectacle que nous attendions depuis longtemps, celui des dernières lueurs qui viennent chatouiller le sommet une dernière fois, dernière espoir de jour avant que tout bascule.
Et le lendemain nous roulons vite, pressé je crois d’arriver en ville. Ça se passe toujours comme ça avant de la fuir, ce qui ne tardera pas à arriver.

La ville est sympa. C’est la capitale qui ressemble le plus à quelque chose de concret et d’utile depuis un bon moment. Ça semble bien organisé, mis à part les feux tricolores qui restent un mystère de fonctionnement pour moi, et on y trouve de tout.
On se gave comme à chaque arrivée en ville. On sort et on fait la fête, on profite de tout ça car on sait que bientôt, on s’engagera dans la dernière ligne droite jusqu’au Cap et qu’il y aura peu de distractions entre temps.

Et les mecs veulent rester un peu plus longtemps alors je reprends la route seul.
Dans un élan un peu pathologique, je décide de m’alléger encore et toujours plus. Je laisse donc mes deux sacoches à l’hôtel de Windhoek, me bricole un nouveau set up et file après avoir dit au revoir à tout le monde.

Je décide de rejoindre Rehobot le premier soir et donc de prendre la route principale et de m’épargner un peu de piste. La route est vraiment belle, j’ai l’impression de rouler en Éthiopie, avec les soucis en moins. Elle me conduit donc à Rehobot comme convenue mais c’est dimanche et tout semble un peu désert. Je décide de pousser plus en avant avant le soir et d’aviser, je finirais par camper dans le jardin d’un hôtel.

Puis le lendemain la piste commence au premier virage. Toujours un regard en arrière lorsque l’on s’attaque à une section de piste et qu’on ne sait pas quand on retrouvera l’asphalte.
Ça grimpe et ça ne tarde pas à avoir du charme. Je passe un petit canyon et me voila sur le plateau désertique. Derrière, ni bruit ni vue sur la route. La piste et moi.
Mais vite je comprends que j’ai fais une erreur lorsque mon porte bagage avant casse. Je rebricole alors tant bien que mal et tente de trouver du réseau pour me faire rapatrier mes sacoches. Ça fait mal à l’égo mais c’est comme ça.

J’ai du mettre 3 jours avant d’arriver à Solitaire, là où je savais trouver une fameuse tarte aux pommes et là où on viendrait m’amener mes sacoches.
La route fût belle et intense. Loin d’être facile avec un 26 pouces au chargement branlant mais que c’est bon d’être seul et d’avoir le sentiment d’être perdu. On ne l’ai jamais vraiment ici, comme on ne peut se tromper de route, en revanche on peut s’imaginer perdu pour se prendre pour un aventurier.
Il faut être attentif à l’eau et la nourriture et veiller à ce que le vélo ne parte pas en miette sur la tôle ondulée mais pas de quoi être malheureux. Chaque jour, chaque virage, chaque col, apporte la satisfaction d’un décor époustouflant qu’on a la plupart du temps pour soi uniquement.
La route n’est pas facile mais c’est récompensé. Et les cols, s’ils prennent du temps, peuvent être sensationnel au sommet. Un régal même si je souffre de la qualité de la route et parfois de la bataille pour avancer en manœuvrant dans le sable, ou tout simplement en poussant lorsque j’abandonne.

Puis Solitaire, sympathique petite bourgade où l’on peut se ravitailler. Les copains de l’hôtel arrive le soir avec de quoi faire un bonne bouffe, du vin et mes sacoches. Je me dépêche de tout remettre en ordre. On se donne rendez vous le lendemain sur une air de repos où l’on pense pouvoir dormir juste avant Sesriem.
Car il faut dire que quelque chose m’a choqué et déçu, toute la route est barricadée de gauche et de droite par des barrières. Les troupeaux ne sont plus, les enclos sont restés. Ainsi de cet immense paysage parfois lunaire et montagneux protégé par des barrières. On dort donc au bord de la route en priant pour qu’il n’y ait pas trop de trafic le soir, car niveau discrétion il faudra repasser.
J’arrive au point de rendez vous épuisé. Avec le soleil, la route et la poussière c’était éprouvant. Mais les copains et le cubi de rouge ont raison de ma fatigue. C’est une belle soirée à quelques kilomètres du désert de Namibe, et le coucher de soleil valait bien le détour.

Le lendemain je dépose le vélo dans le garage de la station essence de Sesriem et rentre dans le parc du Namib en voiture avec les copains.
C’était franchement chouette. Beaucoup de touristes qui grimpent aussi les dunes pour jouir de la vue mais c’était bien chouette. Il faisait sacrément chaud donc je n’y ai pas passé la journée entière.
Je suis très heureux d’y être passé, dommage qu’on ne puisse pas rouler à vélo à l’intérieur.

De là j’apprends par des touristes en 4x4 qu’ils ont vu deux cyclistes derrière, la veille. Ce sont bien mes deux compagnons de route. J’hésite donc à savoir si je dois les attendre jusqu’au lendemain ou pas. Je repasse une nuit au bord de la route à quelques kilomètres de Sesriem. Le lendemain j’hésite puis finalement, je vais boire une bière dans un lodge de luxe pour passer la journée. J’en profite pour profiter de la piscine, le tout à moindre frais.

C’est un peu ma technique secrète pour vivre bien pour pas cher. Profiter des Hotels de luxe en buvant et mangeant quelque chose de pas trop exagérément cher. Mais en plus, depuis la piscine, la nature s’étend et je vois passer des troupeaux de gnous, de gazelles et d’oryx. J’aurais pu trouver pire comme occupation pour attendre les deux lascars. Qui arrivent et avec qui eux aussi saute dans la piscine qui fera office de douche. Désolé mais je crois que ça nous fera toujours rire.

Nous partons de Sesriem en fin d’après midi pour aller camper plus loin. On ne sait pas encore qui va prendre quelle direction et donc on prévois de dormir vers l’intersection décisive.
Nous avions rencontré un Belge pilote de montgolfière et nous le retrouvons sur cet immense terrain vague qu’est la propriété terrienne de la société qui fait voler les touristes pour quelques centaines de dollars.
On se retrouve au milieu de cet endroit où l’on pourrait faire dormir tous les cyclotouristes de la planète, là où l’on nous explique qu’on ne peut dormir ici. On comprend que nous allons anéantir la vue pour les touristes qui tôt demain matin viendront voir le lever de soleil vu du ciel .
On repars en faisant semblant de comprendre. La route est démolie. Entre le sable profond où il faut pousser et la tôle ondulée, on avance tant bien que mal.

On nous a indiqué un hôtel au milieu de nul part qui apparemment aurait laissé dormir des cyclistes dans le jardin. Cet hôtel se dessine au loin. Il est moche, vraiment moche. J’ai de la peine pour la splendeur de l’endroit avec son décor lunaire qui vient se faire défigurer par un hôtel kitsch à souhait où des touristes en quad tourne en rond autour avec un moniteur.
Je déteste cet endroit. J’ai détesté être poussé vers la sortie en me disant qu’il y avait un arbre à 7km sous lequel on pouvait dormir. Je crois que j’ai pesté puis ri de cette phrase.

Il faut surtout comprendre que loin de nous l’idée de ne pas vouloir dormir dehors, caché, seuls. Simplement tout ce petit monde de tourisme, d’argent, de lodges, a mis en lumière le fait que tout autour de nous depuis des jours et des jours, ce n’est que barrières et privatisation. Je pense à Proudhon. Tout parait évident là. Les montagnes qui sont si belles au regard sont finalement entouré de barrière, d’enclos.
La Namibie est un endroit où le désert est parcellisé. Où le regard est guidé vers la très évidente beauté de l’endroit alors qu’en regardant le contour, nous évoluons sur une route qui est rectiligne, organisé, guidé. Le reste est privé.
Alors oui on peut sauter les barrières, on peut tricher et disparaitre. Mais le tableau n’est pas celui que j’aime. L’idyllisme à disparu, soutenu par le comportement des gens du coin qui n’ont d’intérêt qu’économique.

Alors on pousse vers cet arbre à 7km après avoir fait réserve d’eau. Cet arbre qui justement est à l’intersection. La route est vraiment mauvaise mais c’est une part de rage qui fait avancer.
Puis finalement, cette rage s’évanouit bien vite. L’arbre est beau, le décor tout autant. Personne autour. Le silence, plus de voitures. Juste nous, nos tentes, la bière mise de coté pour l’occasion et le soleil qui se couche. Il vient dévorer les montagnes dans un dernier soubresaut d’une étonnante couleur orangé. Puis les étoiles. Et alors oui, merci de nous avoir renvoyé plus loin. Merci car plus personne autour, aucune trace de vie. La nuit sera assurément belle puisque loin de tout le monde.


 

Nous nous réveillons avec cette question en tête : a t’on bien entendu ? L’asphalte commencerait à Malthaoe, à 150km ?
Moi j’ai envie de retrouver l’asphalte. Alors je décide de tente ma chance par cette route, finalement tout le monde se met d’accord. Et de concert nous roulons vers ce prétendu morceau d’asphalte.
La journée du lendemain vient à bout de nos forces. Entre l’état de la route, le dénivelé et la chaleur, nous échouons le midi sur une table en bordure de route pour manger les dernières nouilles chinoises dont nous disposons. On plaisante à moitié en disant qu’on finirait bien en stop, mais il n’y a de toute façon pas une voiture à l’horizon.
Et finalement un peu plus loin nous trouvons refuge dans le lodge d’un anglais qui nous offre un coin pour planter la tente. Surprise à l’intérieur avec une véritable table de snooker, en plein milieu de ce décor désert.
Les animaux autour, puis la nuit, les étoiles. Demain c’est mon anniversaire.

Nous roulons donc vers Malthaoe confiant. La route est bien meilleur après quelques kilomètres. Nous allons vite et heureux. Puis après une bonne journée sous un soleil de plomb, nous voyons finalement la bourgade, et même une langue de béton qui succède au sable.
Nous célébrons ça avec une bière et une nuit dans le jardin de l’habitation des policiers du bled. On discute longuement entre les déchets en plastique qui jonchent le sol et les regards un peu ahuris de ces 3 tentes dans le jardin du coin de la rue. Une bien belle soirée.

Puis par l’asphalte nous retrouvons la facilité, mais aussi le reste. Le trafic et une route un peu moins palpitante. Qu’importe, nous le savions. Nous retrouvons les longues lignes droites bitumé qui fendent le décor en deux.
Et le lendemain Mariental. C’est déjà une autre ambiance, une ambiance que nous avions cru sentir à Malthaoe et qui se confirme ici, on garde un œil sur les vélos.
On ne se sent pas à notre place. Le retour dans le monde des Hommes certes, mais aussi celui ci, qui fait peser un poids certains sur la couleur de la peau. On fait les courses, nous remplissons convenablement ‘estomac, et repartons.

La route retrouve sa morosité d’antan. Tant bine que mal nous continuons, sans grande envie. Le soir nous dormons entre deux fermes, grâce à l’accord d’adorables et discrets fermiers. On se boit une bouteille de rouge à l’ombre de la réserve d’eau et du vent.
La nuit fût fabuleuse de beauté. Entre le silence, le froid mordant et les étoiles, il y avait définitivement quelque chose de poétique cette nuit là.
Puis au petit matin, c’est la décision avec le sourire, Tristan et moi allons faire du stop. Le vent, l’ennui, la perspective de plus d’ennui encore, s’en est trop. Puis tiens, j’ai le pneu arrière crevé. Ni envie de réparer, ni envie de rouler. Ainsi, après avoir jouer une paire de fois avec des cailloux, les vélos sont sur le toit d’une jeep et nous roulons vers le sud.
Nous nous faisons déposer à 2 jours de vélo d’ici. Ils nous déposent, nous offrent de quoi faire un barbecue et on se promet de se voir au cap, là où ils habitent.
Puis dés qu’ils sont partis, on réalise qu’on est bien avancé, et que le décor est strictement le même. Il faudra une journée ou deux avant d’atteindre la frontière. Barbecue sous les étoiles avec une bière et nous campons dans une station essence au bord de la route.