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Partie 9 : Oman

Visa fait en quelques minutes puis à la frontière on me fait enlever mon drapeau émirats, puis on me laisse gentiment passer après une rapide inspection des sacoches.
Comme à chaque passage de frontière, on s’attend candidement à ce que le décor change radicalement, que tout nous montre que nous avons changé de pays. C’est bel et bien candide, mais j’aime garder cet état d’esprit. Comme pour conserver intact les yeux d’enfants de celui qui veut préserver son émerveillement.

Là je rattrape la route côtière. J’ai oui dire que cette route est un peu ennuyeuse, on verra bien. Je crois que de toute façon que j’ai besoin de rouler sur une telle route.
Et cette route, elle est vide. Très peu de voitures, peu de vie. La mer au loin, des silhouettes au bord de mer que j’imagine volontiers être des pêcheurs.
Je m’arrête au premier village chercher de l’eau. La mosquée est dotée d’une fontaine avec filtre à eau. Les mosquées sont toujours des valeurs sur pour l’eau. Bonne ou pas, il y en a toujours, nécessaire pour les ablutions. Puis elles apportent toujours un peu d’ombre.

Il fait chaud, le village est vide. Les deux éléments sont surement lié. Je décide donc de rattraper la côte et de l’autre coté de la route, la mer.
La route est en effet étrange. Large mais vide. Les bas côtés sont sales et les dromadaires se font un plaisir de fouiller dans les poubelles. On se regarde, ils me font rire.
Puis enfin cette route qui longe la mer au plus prés je la trouve. Elles cheminent à travers les villages de pécheurs de la côte et m’amènera jusqu’à Mascate.

J’étais passé brièvement dans le pays 4 ans plus tôt mais pour le coup, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. D’autant plus que les perspectives changent lorsque l’on pédale seul, il a toutes zones sans âme qui font le ciment d’un pays, qui lient les belles briques.
Je ne sais quel sera la réaction des locaux lorsque je planterais ma tente au bord de l’eau ce soir. Mais sans peur ou appréhension aucune. C’est ce que j’aime. Ne pas savoir, puis savoir. chercher à découvrir, puis voir de ses propres yeux.

Je passe une merveilleuse nuit au bord de l’eau. Personne ne semble perturbé outre mesure de ma présence. On me salue, ou pas. Au moins je me sens en sécurité.
La baignade tant méritée qui sert de douche par la même occasion. Je garderais chaque jour une bouteille d’eau claire pour me rincer.
Et c’est au bord de l’eau, sous la tente que je m’endors. Tout a l’air simple ici.

Le lendemain en allant boire un café, la manager du coffee shop s’assoit avec moi et me pose plein de questions. Elle reviendra un peu plus tard avec des muffins sur un plateau et mon nom et prénom à la crème chantilly. Je me sens presque important. En tout cas touché d’un geste si important.
Je ne suis pas sur que tout le monde mesure la portée direct et à long terme du moindre petit sourire, d’une aide ou d’un repas partagé. Ce n’est que 3 muffins sur un plateau, mais ce moment est gravé en moi. Gravé comme une de ces millier de preuves que j’ai reçu jusqu’alors et qui me fait penser de plus en plus que les télévisions devraient être éteintes et que chacun devrait sortir pour voir combien important est le ratio de gens biens.

J’arrive dans une première ville ou j’ai espoir de trouver un peu de vie, un bon repas et un supermarché. Je fais le tour de la ville en espérant trouver un peu d’animation, mais l’animation ça sera pour une prochaine fois. La ville est un peu morte et je n’ai même pas un sou. J’échange ma monnaie émirats et me paie un repas simple.
On m’avais prévenu sur les prix élevé de la vie ici mais finalement la situation n’est pas si mauvaise que ça.

Il y a de l’eau partout étant donné qu’il y a des mosquées partout. Donc des toilettes aussi. Puis Oman n’ayant pas de culture gastronomique propre à elle même, ils ont rapidement fait venir des indiens et bangladais pour ouvrir des cafétérias. Ainsi pour quelques euros je mange indien chaque jour.
Je rejoins la mer, et après environ 80km je m’arrête où je suis pour me baigner. A l’ombre des mosquées, chaque jour j’analyse le village, les gens, la situation.
On me laisse tranquille tout en étant éphémèrement agréable avec moi. J’aime cette relation simple et cette distance.
Je demande aux pécheurs si je peux poser ma tente au bord de l’eau, à la sortie des villages. Ca ne pose pas de problème. Ca ne pose jamais problème.
Certains parfois me repèrent et viennent un peu plus tard me proposer de dormir chez eux plutôt que chez eux. Ca me touche, je les remercient chaleureusement et leur explique que je suis bien sous les étoiles.

J’ai l’impression d’être le bienvenue et de ne déranger personne où que je dorme.
Les pécheurs s’activent autour. Et au coucher du soleil un terrain de foot s’improvise sur la plage, les mecs se retrouvent et jouent jusqu’à ce que la marée montante vienne ronger le terrain et le faire disparaitre. La mer fait l’arbitre.
Je me fais à manger en les regardant jouer. Je me sens en sécurité. Je m’endors sereinement en plein air ou sous les cabanes des pécheurs.
Le dernier appel de la prière de la journée vient donner le signal du sommeil. Je trouve que les chants sont beaucoup moins beaux ici, mais ont au moins le don de rythmer ma journée.

Je roule sereinement chaque jour. Et chaque jour approche l’heure ou je devrais prendre l’avion pour l’Egypte. Je sais que là bas il va me falloir être plus vigilant. J’aimerais que ces instants durent une éternité. Tout est si simple.

Les villages ne sont pas spécialement beaux, et entre chacun se construisent de grandes propriété toute plus kitsch les unes que les autres. Je suis assez fasciné par ce que j’appelle le mauvais gout. La côte n’a pas du tout le visage que j’imaginais. On s’imagine des maisons blanches faisant face à la mer, des rues propres et bien tenues. Mais je trouve la côte plutôt sale en fin de compte. C’est un constat plus qu’une réelle déception.

La côte se peuple de plus en plus à mesure que la capitale approche. Je compte les jours restants, j’ai le temps de faire l’aller retour à vélo jusque Mascate.
Je m’y approche le plus possible avant d’y entrer le lendemain. Là encore j’ai le sentiment de pouvoir dormir à peu prés partout. Ainsi je me retrouve dans un parc à l’entrée de la ville. Les gens viennent me voir et me demandent si je traverse Oman à vélo. Je leur dit que je viens surtout de France avec cette bicyclette, et que ca m’a pris une paire de mois..
On me dit que je peux planter la tente le soir venu, que personne ne viendra jamais toucher à mes affaires.
Des mecs passent le soir et s’approchent, je suis toujours un peu sur la défensive et me dit que c’est le début des problémes. On me pose simplement quelques questions questions curieuses en m’affirmant à nouveau que je suis en sécurité ici et que personne ne viendra toucher le vélo. Même la police ne fait que me saluer et s’étonne même que je leur demande l’autorisation de dormir ici, ca semble tellement évident : “no problem”

J’apprécie réellement être seul ici. Tout est si simple. J’aime mon petit rythme et profite de chaque instant.
L’Egypte approche, la candeur va disparaitre. Il le faudra.

Je file à Mascate, et l’entrée de la ville ne fait pas de cadeaux en terme de dénivelé sous un tel cagnard. Je retrouve vite le centre ville dans lequel je m’étais baladé quelques années auparavant.
C’est marrant de revenir là. Je mange au même endroit et décide de profiter un peu pour longer la mer dans la ville par la ballade piétonne.
C’est étrange de retrouver autant de touristes. On se mêle mais ne se ressemble pas. Je me sens heureux et fier d’être déjà parvenu ici à la force des jambes.
Au bout de l’ennuyeuse ballade, je trouve des toilettes publiques isolés. Les toilettes sont propres, je décide donc de prendre une douche avec le jet d’eau. Ca fait 10 jours que je ne me suis pas lavé et je décide de fêter ça en me lavant dans des toilettes publiques.
J’en ressors aussi propre que possible, puis je retraverse tout dans l’autre sens pour aller dormir pas loin de l’aéroport car l’avion est demain après midi.

Sur le retour j’espère visiter la mosquée du grand sultan Al Qaboos. Pour la deuxième fois, je vois les portes fermés et devraient revenir une 3éme fois pour la visiter. Parfois il ne faut pas insister.
Je retourne sur les pas de la veille et dors à quelques kilomètres de l’aéroport, au bord de l’eau.
Un dernier bivouac paisible. Tout est si simple ici. C’est agréable.

Le lendemain je me lève, file chercher un carton dans un magasin de vélo à proximité que j’avais contacté auparavant. Je roule tant bien que mal sur la nationale avec le carton, m’envolant à moitié sur mon char à voile.
Une néo zélandaise s’arrête et propose de mettre le vélo dans le pick up et me déposer à l’aéroport.
Là bas je démonte tout et emballe le tout tant bien que mal. Vu le travail que c’est de tout démonter et emballer, je me promets de ne pas reprendre un avion de si tôt.
Puis c’est l’heure du décollage. Dans quelques petites heures je change de continent et arrive en Egypte. Une nouvelle aventure, et pas la plus courte.