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Partie 6 : Ouganda

Je quitte le Kenya avec un petit pincement au cœur. On sait ce que perd mais jamais ce que l’on gagne. On m’a un peu prévenu sur la densité de population et les difficultés pour camper que cela occasionne. Les gens semblent passer la frontière comme on traverse la route. Puisque c’est ainsi, en avant.

Le passage de frontière est si rapide que j’en oublie même de faire tamponner mon passeport du côté Ougandais.
La ville frontalière m’offre le premier contact avec le pays. Je traverse les ruelles ensablés pour trouver un endroit où manger mais aussi pour tenter d’y trouver une quelconque différence avec le Kenya.
Sur la route, déjà je m’y sens plus vulnérable. L’espace qui m’est réservé est plus étroit qu’auparavant et je ne sens pas de réelle compassion pour ma personne.
Le soir arrivant, je cherche vaguement de l’œil un endroit pour dormir mais on m’avait bien prévenu, c’est densément peuplé.

Je finis dans un hôtel pas cher, je dépose le vélo et vais faire un tour. J’aime faire ce test pour voir un peu comment les gens réagissent à ma présence.
Au restaurant, les options sont une fois encore sommes toutes classiques. On me fait payer un certains prix, puis après discussion dans la cuisine, la femme revient avec la monnaie exact.
En entrain, une douche dans une grande salle de bain où aucun pommeau ne pend au mur. Un sceau avec de l’eau clair, un autre, plus petit, qui sert mécaniquement à remplir puis vider sur mon corps assis sur le carrelage.
La nuit sera calme, et je suis motivé pour reprendre la route le lendemain vers Jinja, là où m’attend un hôtel où j’aurais peut être la chance de retrouver un peu de vie social, tout au moins, de tremper dans la piscine en buvant une bière.


 

Fidèle à sa réputation, la route forme une sorte de montagne russe, ainsi je grimpe instantanément tout ce que je descend. Tout est champ ou habitation. Arrivant à la fin de la saison des pluies, les paysages sont verts incandescents.
Le trafic s’intensifie à mesure que Jinja approche, les conducteurs étant constant dans leur irrespect.
La route est plutôt belle, bien qu’à l’appel du klaxon je me jette dans le bas côté. Ce qui est frustrant surtout rapport à mon caractère. Les locaux à vélo le font sans râler ni s’étonner. Moi j’explose. J’explose de ne pas exister. De n’être qu’un chien que l’on klaxonne.
Et c’est quelque chose qui m’a suivi tout au long de la traversée du continent. Cette culture avec laquelle j’ai grandi et que je n’ai pas réussi à quitter. Cette culture du respect de l’autre, qu’il ait deux ou quatre roues, blanc ou noir, une jambe ou trois jambes.

Enfin Jinja, je file direct à l’hostel et n’en sortirais que le lendemain. Je ne veux bouger ni ne voir personne.
Le menu est plutôt original pour le continent dans lequel j’évolue. Alors j’avoue que je force un peu sur la carte bleue. J’avoue que je peux restreindre sur tout mais la nourriture…
Je me sens tellement privé de bonne nourriture de manière globale que lorsque j’y ai accès, je fond dessus.
ainsi passe la journée, tel Bacchus au bord de la piscine.
Mais déjà il faut repartir, et direction la capitale, que je devrais atteindre d’ici quelques heures. J’y retrouverais d’ailleurs Craig, avec qui j’ai commencé à rouler en Égypte.
Puis Kampala, c’est tout de même la ville a plus connue en Afrique pour faire la fête, alors une bonne grosse part de moi est assez impatient de vois ce que la ville donne.

La route est plutôt désagréable. Il fait chaud et humide, et la route ne cesse de rétrécir, à se demander comment elle va finir. En banlieue de la capitale, l’asphalte finit brutalement au ras des bandes jaunes et ensuite c’est le retour à la terre après un petit saut de l’ange avec un vélo bien trop chargé. Le trafic est infernal, mais tellement qu’il en devient suffisamment lent pour ne plus être dangereux.
Je m’arrête pour souffler, sécher un peu à l’ombre et boire quelque chose de frais. Il n’y a aucune place pour moi ici, et personne ne semble vouloir m’en faire.

J’arrive tant bien que mal à l’hôtel où un lit en dortoir m’attend. Les prix sont relativement élevés ici, j’ai donc le moins cher et le plus éloigné du centre. Un couple pas très bavard et un américain qui passe ici quelques mois par an pour se refaire une jeunesse auprès des jeunes filles. Il m’indique quelques endroits où aller que j’éviterais soigneusement.

Un message de Craig “RDV dans une heure à tel bar”. Une douche, le reste de mes spaghettis et je saute derrière une moto. Il fait déjà noir, c’est la découverte de la capitale.
J’ai déjà quelques bières aux compteur, le temps que les pâtes cuisent et que l’américain tente de me convaincre. La ville semble briller, et moi je suis le mouvement de la moto. Il semble savoir où aller, très bien. Les lumières vont de bas en haut. La ville s’étend, je ne fais que la deviner.
Je ne retrouverais mon lit que le lendemain vers 8h du matin. La journée fût compliqué. Et j’ai vite compris qu’il fallait que je quitte la ville si je ne voulais pas tomber dans la spirale de la nuit qui pourrait me retenir ici des jours et des jours durant, la fête ne cessant jamais.

Ainsi je pars deux jours après être arrivé vers Ntbebbe. C’est pas bien loin mais ce n’est pas la route la plus agréable qui soit. Je suis accueilli là bas par Fred, un Français qui habite désormais là bas et qui a lui aussi traversé l’Afrique à vélo. Quelques jours de repos à quelques pas de la folie de la capitale.

C’est l’occasion de voir la vie locale sans le vélo, plus proche des gens, et des gens que Fred connait déjà. Il m’emmène dans les endroits qu’il faut voir, où il faut manger. La vie est plutôt douce. Je comprends que l’on vive ici plutôt que dans la capitale.
Puis vient l’heure de repartir, on nous conseille de prendre le ferry ici et d’aller rejoindre l’ile de Sese pour la traverser. Donc le ferry et en l’espace d’une heure nous voilà de l’autre côté. A l’approche de l’ile, on se croirait sur une autre planète. Je revois mes heures sur la côté Brésilienne. J’ai un peu l’impression d’avoir quitter le pays où j’étais encore une heure auparavant.

Une pente inamical nous amène au village où nous faisons quelques courses et profitons de la vue avec une bière fraiche.
Un mec rencontré dans le ferry s’avère être le manager d’un hôtel. A l’écoute de notre histoire il nous propose de camper gratuitement dans le jardin de l’hôtel. La pluie nous cueille en pleine nuit, nous décidons de rester une journée de plus à trainer au bord du lac. Des pécheurs pèchent au fil, mécontents de l’absence de prises.

Le lendemain nous repartons sous une pluie fine pour traverser l’ile et récupérer un autre ferry de l’autre côté qui nous ramènera sur la terre ferme. Nous traversons surtout une immense production de palmiers à huile, ne laissant que peu d’espaces à la végétation sauvage qui lorsqu’elle subsiste, donne un air de jungle et nous fait donc nous sentir plus aventurier que nous ne le sommes.

Nous dormons le soir au bord d’un autre lac qui parait une goutte d’eau comparé au lac Victoria. En effet, nous voyons le lac dans son entièreté. Seuls quelques pécheurs rompent le calme apparent de l’eau.
Ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas retrouvé dans un lieu où la densité de population était si faible qu’elle permettait de s’entendre penser.

La route fût calme jusqu’à un accident en fin de journée. Les chauffeurs étant si pressés et ayant une notion de respect différent du notre, je me retrouve allongé au sol, bénissant mon casque. Je touche le vélo, rien n’est cassé. Ensuite je m’inspecte, rien de cassé. On arrive encore à me reprocher l’accident, avant de calmer le jeu devant mon énervement que je trouve assez justifié.

“God bless you”. Nan c’est bon, tu peux le garder ton copain imaginaire. Si je suis encore en vie c’est ni grâce à dieu mais si je fus en danger c’est bel et bien à cause de toi !
Nous trouvons un hôtel bon marché, n’ayant pas envie de continuer plus avant. Le village à un certains charme. Street food, arbres aux branchages s’approchant du sol, piste terreuse défoncée, agitation de toute part. Malgré tout je suis de bonne humeur. Content d’être entier ? Peut être.

Le lendemain, nous échappons de peu à un autre accident, un camion se rabattant juste devant ma roue à la dernière seconde. Un Ougandais à vélo finir dans le fosse quelques mètres plus bas.
C’est apparemment la route la plus dangereuse du pays.
Craig demain part vers le nord, pour ma part je vais vers la frontière. Je suis fatigué du pays déjà. Je ne me sens surtout pas en sécurité sur la route. J’espère, un peu naïvement peut être, être plus en sécurité de l’autre côté de la frontière.

Le lendemain à Mbarara, nous trouvons un endroit cosy avec une merveilleuse bouffe, forcément rempli de blancs. A croire que la nourriture attire certains types de personnes, ou que les prix en éloignent d’autre. Ca nous fait sortir de notre quotidien composé d’œufs et de chapatis par la même occasion. A la sortie de la ville on se sépare. Le trafic se calme et la route es désormais plus douce.

De là la route sera beaucoup plus calme et beaucoup plus sympa. C’est par les montagnes que l’on chemine, et après la saison des pluies, tout est verdoyant. C’est vraiment un très bel endroit.
Rien de bien glorieux à raconter, à part que c’était surement la partie la plus chouette où j’ai roulé en Ouganda.
Moins de trafic et de monde alentour, c’était chouette, simplement. Même le col à passer avant d’arriver sur Kabale était vraiment chouette.
Au niveau logement c’est toujours le même casse tête pour camper. Là aussi je frappe à la porte du commissariat ou tombant sur eux sur la route, ils m’invitent à me présenter au commissariat le soir venu.
La route qui mène la la frontière est vraiment belle. Quelques vélos m’accompagnent pour un bout de route, eux allant d’un village à un autre.
“Et toi ?
- Kigali”

Dans le creux d’une vallée où pousse de manière très organisé le thé, je serpente sur l’asphalte qui suit les sommets alentours. C’est cette route qui mène à la frontière. J’aime ce genre de route qui mène aux postes frontières. Comme une manière d’offrir une route agréable avant le casse tête que peuvent être certaines frontières.

Passage classique. Des magasins de ci de là offrant de quoi dépenser ses derniers ronds, du monde qui essaie de me faire changer de l’argent que je répète ne plus avoir, ce qui es le cas.
Un rapide coup de tampon et je passe par delà la barrière.