Thanks to :

l'âne vert tafedna ecologe maroc essaouira
logo-vera-cycling-slogan.jpg
  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon
  • Clotaire Mandel

Apprendre à recevoir.

On entend souvent qu’il faut apprendre à donner. Très tôt déjà il est portée au rang de la vertu qu’un homme soit capable de donner, partager, offrir.

Apprendre à donner. Apprendre à se séparer de ses possessions, les regarder se diviser pour aller atterrir dans d’autres mains que les siennes.


Mais il y a quelque chose d’autre que j’ai appris ces derniers temps. Au Soudan, deux cycles Irlandais enregistraient un podcast avec moi et soudain cette question : Si tu devais choisir une personne parmi toutes celles rencontrées ces dernières mois, quelle serait elle ?


Autant dire que ma misérable boite crânienne s’est mise à surchauffer à l’idée de la réflexion. Tellement de visages. Tellement.

Puis si je dois choisir ça sera lui. Je ne connais même pas son nom, mais je peux dire ce qu’il m’a fait réaliser et donc ce qu’il a changé dans ma vie.


Donc non, aucune idée de son nom. Nous étions dans un village dont l’histoire n’a pas encore retenu le nom. Un de ces villages à peine signalés sur les cartes qui abritent un tas d’illustre inconnu.

En cherchant un bout d’herbe pour poser la tente dans le village, un homme s’agite devant chez lui tentant de nous faire comprendre je ne sais quoi.

On comprend qu’il nous invite à dormir chez lui. La communication est vite relégué au non verbal à cause du peu de vocabulaire en commun. Puis on comprend qu’il n’est pas du tout question que l’on dorme dehors, et cinq minutes après nous avons les pieds sous la table, la table remplie de breuvages plus ou moins douteux et de nourriture plus ou moins délicieuse.


Nous n’en ressortirons que le lendemain après midi, sous la pluie, ivre mort et au bord des larmes. Sans trop comprendre ce qu’il nous arrivait, nous n’avons que boire et manger, dans des quantités gargantuesques.

J’aimerais revenir, le laisser me retenir quelques jours et festoyer comme il est bon ton de faire dans ces hospitalières contrées.


Pourquoi je raconte ça ? Parce qu’ensuite j’ai compris que j’avais appris à recevoir. Donner c’est quelque chose, mais recevoir c’est un autre processus.

C’est accepter d’être dans une position où les autres considèrent qu’il est justement l’heure pour eux de donner, de partager.


Et pourquoi ? Dis je l’air d’un hobbo ? Ai je l’air dans le besoin ?

J’ai de l’argent, je peux subvenir à mes besoins. Je n’ai pas besoin qu’on me tende la main.


Mais ça, c’est justement la pensée propre à notre culture.

Il ne suffit pas d’être dans le besoin pour recevoir. Il suffit simplement d’être en face de quelqu’un qui souhaite donner.


Au début on se sent gêné, on remercie une centaine de fois tout en insistant sur le fait que nous ne sommes pas dans le besoin. C’est comme ça que j’ai réagis.


Puis il y a maintenant, des mois plus tard. On m’invite d’un geste de la main, je m’assoie et je mets la main dans le plat, sans autre forme de procès.

Puisque recevoir, c’est accepter de faire partie d’une culture où le partage est centrale et est une notion bien différente de l’aumône.

On partage parce que c’est comme ça. Et se confondre en remerciement, c’est souvent gêné la personne qui n’attend aucun merci.


Mais cette histoire de merci c’est encore un truc sur lequel je peux blablater des heures, donc pour un prochain article.


Si l’on vous donne, apprenez à vous défaire de vos préjugés sur ceux qui reçoivent.

Je ne me sens plus gêné. Je me suis libéré de mes considérations en acceptant qu’un Homme puisse donner sans attendre quoi que ce soir.

Parfois ils pointent le ciel du doigt. Ils sont certains de retrouver ce qu’ils donnent ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard.

Je fais partie de leur monde en tant que voyageur lent. J’ai cessé d’embarrasser mon monde en remerciements à demi balbutiés.