• Clotaire Mandel

Népal : chaos et déception

Petite note d'intro : Pendant longtemps, lorsque l'on me demandait quel était mon pays favori, je répondais le Népal sans hésiter. J'y suis rentré cette année pour la 4ème fois, et pour la première fois à vélo. J'avais vraiment envie de poser les roues là bas, pour se sentir le pays comme le voyage à vélo le permet. Et finalement je crois que je répondrais différemment désormais lorsque l'on me posera cette question. Et dans la sur-positivisation ambiante, je trouve important de donner mon retour. Le Népal, finalement. Le titre fait accrocheur n'est ce pas ? Mais c'est finalement le sentiment que j'ai eu en 6 semaines là bas.

Des plans ratés, des demi tour, de la chaleur, de l'humidité, de l'ennui. Je ne dis pas que le Népal c'est ça, mais la route prise, la manière de faire, la saison, les circonstances. Tout ça mis ensemble, ça n'a pas donné le bon combo. Il y a une image carte postale du Népal. Et c'est en partie ce que je visais aussi, pourtant, pas la force des choses, j'ai tout vu sauf la carte postale.

Le circuit touristique est relativement établi. Quelques jours à Kathmandu, quelques jours à Pokhara, une petite marche dans un parc national, un trek quelque part dans les montagnes et le tour est joué. C'est souvent vrai, et finalement à raison, parce que c'est un circuit qui vaut vraiment le détour. Mais nous avons choisi la version longue, celle moins connue et potentiellement pleine de surprises.


Nous sommes rentré tout à l'ouest, le plus à l'ouest possible. Toujours cette idée masochiste de traverser les pays par les bouts les plus éloignés. Et de là, c'est la platitude et l'ennui. Surtout si vous restez sur la route principale. Ces régions qui ne sont pas touristiques le sont pour une raison, il n'y a pas grand chose. C'est plat, l'asphalte est mauvais et les alternatives maigres. Et ceci pour quelque chose comme 500km. Ajoutons à ça la météo. La bonne saison tardant à arriver sur le pays, les températures étaient folles, l'humidité aussi. Et mon matelas ne voulait plus répondre de rien. Dormir sur le sol, transpirant de la tête au pied à ne rien faire, affalé après une journée inintéressante. Et recommencer le lendemain.

Attention, je ne dis pas que ce n'est pas beau, au contraire. Mais disons que si c'est charmant pour quelques dizaines de kilomètres, on a l'impression assez rapide de pédaler dans le même décor chaque jour, que les choses se répètent inlassablement.


Nous avançons cependant. Doucement mais surement. Et c'est là que le chaos commence et s'enchaine. Pressé par le temps, il faut que j'aille chercher mon père à l'aéroport à Katmandu. Je laisse le vélo quelque part dans le plat pays qu'est la partie sud. Plus de matelas, l'appareil photo qui rend l'âme, mon père qui n'est plus en capacité de marcher comme avant et donc un demi tour sur le trek. Des dizaines d'heures de bus pour satisfaire tout le monde, beaucoup d'argent pour rien, de la fatigue, des déceptions. Un retour sur Katmandou qui tombe pendant la période des plus grosses festivités de l'année, tout est fermé et la pluie tombe 24/24h. Je la fais courte. Mais en gros j'ai pédalé la partie la plus inintéressante, pris beaucoup de bus, n'ai plus eu d'appareil photo lorsque les montagnes ont enfin pointés le bout de leur nez et ai finalement passé pas mal de temps à tourner en rond sur Katmandou. Voilà. C'était spécial. Et je crois que j'ai tiré des leçons de tout ça.



 

Tout n'est pas noir.

Bon, le tableau dressé n'est pas charmant, mais c'est la chronologie de mon chaos Népalais. Je vais essayé de raconter un peu plus en détail, chapitre par chapitre.


Si la route de l'est n'était pas fort intéressante, il y avait parfois quelques possibilités de sortir de l'asphalte et de la route principale. Ces routes constituent difficilement une alternative puisqu'elles ne représentent pas une continuité, il faut jongle, composer. Cependant, elles ont toujours été une vraie belle surprise. La vie locale, la nature, les oiseaux, le calme, la bienveillance des gens. C'était d'ailleurs un crève coeur que de revenir finalement sur la route principale.

Le décor devient beaucoup plus sympa une fois que l'on commence à traverser plein nord, par Tansen jusque Pokhara. Plus de relief, une nature plus sauvage, et surtout l'accès aux régions plus montagneuse. Ou au moins aux points du vue. C'est la route qui mène à Pokhara, là où les gens se retrouvent lorsqu'ils fuient rapidement Kathmandu. C'est aussi le point de départ de beaucoup de trek, et notamment ceux du massif des Annapurnas.

Mais nous ne sommes pas très chanceux, et il pleut. Beaucoup, tout le temps. Nous n'apercevons que rarement le sommet enneigé d'une montagne, et longeons les murs pour nous déplacer tant la pluie tombe drue. Tout le monde nous dit que ce n'est pas normal, que la météo aurait du tourner et la bonne saison être déjà installé. Les touristes se demandent que faire, si ils se lancent dans un trek ou pas. Certains vont même vers l'aéroport le plus proche. Nous décidons d'aller plus à l'est, vers la vallée du Langtang. Pour ça, il faut suivre la direction Pokhara-Kathmandu. Soit par les montagnes, soit par la route principale. Car c'est ça aussi le truc avec le Népal, il n'y a pas des milliers de routes possibles, du à la géologie, mais aussi aux infrastructures plutôt mauvaises, n'ayons pas peur de le dire.


Nous avons pris la seconde option, la route seconde, sinon tertiaire. C'est calme, loin d'être plat et loin d'être facile. Un bonheur éphémère que de retrouver un peu de silence, des décors vraiment chouettes, pas ou peu de traffic. Il faut vraiment prendre le temps de parcourir cette section qui relie les deux villes. La route principale est beaucoup plus facile puisque toute droite en un sens, mais c'est un chaos. Poussiéreux, bruyant, dangereux. Il faut prévoir quelques bonnes journées, on ne roule pas nécessairement très vite dans le coin. Mais c'est un bel aperçu du Népal et de la vie en dehors du bord des routes.

Mon appareil photo à lâché sur ces routes, donc quelques photos ici ne sont pas de moi. C'est d'autant plus frustrant que c'est au moment où les choses devenaient intéressantes. Sur les hauteurs de Ghorka, la vue est splendide, bien que nuageuse. De là haut s'étendent les massifs d'est en ouest : Annapurnas, Manaslu... Nous apercevons quelques montagnes lorsque les nuages daignent se déplacer quelque peu. J'apprends à voir tout ça sans appareil. Mais surtout, je me dis que lorsque c'est dégagé, cette vue d'ici doit valoir le détour à elle seule.

S'en est suivi un aller en bus jusqu'à la vallée du Langtang, un trek avorté et un retour en bus sur Kathmandu, et la promesse de venir rechercher le vélo plus tard. Avec quelque part l'envie d'en finir au plus vite, de rapatrier le vélo et de le mettre dans un carton.

 

Mais alors, il est où le problème ? Ce n'était pas mon coup d'essai au Népal, et la dernière fois où je suis passé dans le coin, c'était 5 ans auparavant. Disons que les prix ont énormément augmenté. La bière a au moins doublé, la nourriture aussi, et le litre d'essence est à 2 euros ! Ce qui est énorme comparativement au salaire moyen/médian. En plus de ça, on rajoute le covid et la privation de touristes pendant 2 ans. Touristes qui commencent à revenir timidement mais surement.

J'ai trouvé personnellement que le contact avec les gens était vraiment plus ambivalent qu'auraparavant. Toujours tout un tas de gens adorables, mais aussi des gens assoiffés de roupies. Surement pour des raisons évidentes vous me direz, mais c'est plus la forme que le fond qui me dérange. Je m'explique. Au lieu de changer les prix sur les menus, d'être clair sur les prix de base, d'annocner la couleur en prétextant que le cout de la vie a augmenté, c'est compréhensible. C'est un accord tacite, si vous commandez quelque chose sur le menu, vous êtes en principe d'accord pour payer le prix qui est annoncé. Sauf que c'était souvent beaucoup plus mesquin. - Au moment de payer, les chiffres n'était pas les bons, et des taxes s'ajoutaient alors que préciser nul part. Sans se démonter, on nous disait que c'était pour palier au cout de la vie qui augmente. Soit, mais bordel, il faut augmenter le prix sur le menu, pas mesquinement à la fin. Une fois, deux fois, trente fois, ca fatigue. - Invités à un anniversaire, je me force un peu à manger mon plat de riz. Pas faim, pas envie de manger encore la même chose, pourtant, par respect je mange mon assiette. Le lendemain, on nous demande deux fois le prix pratiqué dans un restaurant pour un plat offert lors d'un anniversaire. On nous demandera aussi deux fois le prix pour la chambre, prix qui avait été négocié et décidé la veille. - On nous demande un certain prix pour le ticket de bus et le vélo. Ok. Quelques heures après il revient et nous demande 2000 roupies en plus pour le vélo. On proteste. Il revient, finalement c'est 1000 roupies. On gueule, parce que c'était convenu dans le prix déjà. Il revient, et finalement c'est bon nous n'avons rien à payer de plus. Cette impression qu'il faut constamment se battre pour obtenir un peu de justesse. Voila. Ca a souvent été comme ça pour moi. Des choses qui sont décidés clairement entre les protagonistes et qui changent à la dernière minute. Bref, je ne fais pas la liste des déboires, car c'était quotidien. En revanche je vais faire une petite liste d'infos plus bas. Et puis de ce fait, les prix sont vraiment hauts comparativement à la région et aux pays alentours. Disons que j'ai dépensé autant je pense en 6 semaines au Népal qu'en 4 mois en Australie. Ca vous parait peut être étrange, mais là encore je m'explique. Il y a beaucoup de choses que je n'ai pas payé en Australie. On m'a déjà offert pas mal de choses au bord de route, et puis il est facile de camper gratuitement. Mais surtout, pour un petit coup de pouce, un conseil, une douche, une aide, une assiette de riz ou un coin d'herbe pour camper, personne ne vous demandera d'argent en Australie. Ca paraitrait grotesque, au regard du niveau d'hospitalité du pays que je trouve exceptionnel. Et bien au Népal, j'ai eu l'impression que tout se monnayer, et chèrement. A tel point qu'à la fin je me débrouiller seul et préférer marcher que de demander quoi que ce soit, les prix des taxis étant devenus absurdes.

Donc petit à petit les coûts s'additionnent. Et tous ceux avec qui j'ai roulé et voyagé là bas m'ont dit avoir halluciné sur la différence entre ce qu'ils pensaient dépenser et ceux qu'ils ont déboursé. Le traffic :


Gros dossier. J'ai trouvé ça assez catastrophique. Sur les routes principales, et souvent la seule, tout le traffic est concentré, notamment les bus. Ils vont vite, n'ont aucune pitié. Et c'est ça qui est dingue. Il n'y a pas tant de traffic que ça, mais il suffit de peu et qui vous frôle systématiquement pour que ça devienne un enfer. L'asphalte est mauvais en plus de cela. Les pistes de gauche et de droite sont de bien meilleurs qualités ! Ma petite conclusion :

C'est juste ma petite expérience n'est ce pas. Et beaucoup vous tiendront un discours que je trouve quasi niais à ce stade. Je suis passé par toutes les émotions possibles. Nous avons rencontrés des gens merveilleux, avons vu de jolis choses. Mais aussi l'ennui et le stress d'un pays que je trouve l'un des pires en terme de dangerosité du traffic. Puis simplement le fait que beaucoup de ceux que j'ai croisé m'ont pris pour plus idiot que je ne le suis réellement. Beaucoup de prise de tête, beaucoup d'incompréhension. Et surtout, j'ai eu la réponse à la question de base : pourquoi les gens ne vont pas rouler au Népal. Ce n'est pas nécessairement un pays fait pour ça. Vous pourrez voir ailleurs la merveille que c'est de rouler au Népal, mais j'y vois plusieurs choses : toujours la même réticence des gens à critiquer ce qui a matière à l'être, le choix d'un itinéraire précis, sans avoir à côtoyer les parties les plus ennuyeuses du pays. Et puis aussi peut être l'absence de comparaison avec ce que j'ai pu vivre là bas quelques années auparavant.

Mais le pays regorge de belles personnes, d'endroits à couper le souffle, de culture et de vie sauvage. C'est indéniable. Cependant, le vélo n'est peut être pas le meilleur moyen pour y voyager.

J'ai eu peur que tout ceci vienne uniquement de moi et peut être d'une certaine fatigue. Mais quelques heures après le décollage nous arrivons en Thaïlande pour 6 semaines en Asie du sud est. Et là j'ai retrouvé la chaleur des gens, la facilité d'intéragir, l'hospitalité, le respect. Bref, j'ai soufflé, ça m'a fait du bien de retrouver une vie de voyageur à vélo quelque peu normal, et surtout de voir que mon expérience au Népal n'émane pas uniquement de moi et qu'elle n'est pas une fin en soi. Donc voila. J'y retournerais surement pour grimper, mais peu de chances que j'y amène le vélo de nouveau. Et encore.

 

Infos et pensées en vrac : Camping :

Pas si complexe que ça, il y a toujours un coin de forêt ou de rizière. Si les gens vous voient, sans vous faire dégager, le mot va vite se passer et tout le monde risque de venir assister au spectacle. Ce qui est plutôt charmant, et fait avec respect. Mais ce n'est pas le bivouac tranquille pour sur.



Dashein : Moment important dans la vie des Népalais, c'est le plus gros des festivals de l'année. Il dure deux semaines, mais surtout intensément quelques jours seulement. Durant ces quelques jours, presque tout est fermé. Difficile de trouver un bus pour les treks, de trouver un restaurant ou un café ouvert. Les Népalais se retrouvent en famille pour célébrer. C'est cool, mais c'est aussi un moment où il ne faut pas se retrouver au mauvais endroit. A Kathmandu par exemple.

Prix : Les prix ont beaucoup augmentés ces derniers temps. L'essence, donc les transports, la nourriture, la bière, les services... J'ai trouvé que ce n'était plus du tout aussi bon marché qu'il y a quelques années. Rien d'affolant, mais ne pas non plus s'attendre à ne presque rien dépenser.

Transport : Les bus vont à peu prés partout. Il faut juste être patient. La route est vraiment mauvaise et les temps de trajet sont long. Pour certaines destinations il faut changer de bus plusieurs fois. 200km peut très facilement prendre la journée entière. Franchement, je trouve que les transports coupent un peu la motivation. Il y a des endroits que je voulais visiter, qui sont à quelques centaines de kilomètres seulement, mais c'est pour sur 2 jours de trajet aller retour, et c'est parfois fatiguant, avec le bruit, la poussière, l'attente, l'inconfort. Il n'y a pas de train, mais un avion qui va de Kathmandu à Pokhara. Plus cher que le bus, mais 25 minutes de trajet contre 8 heures. Voila. Météo : Viser la bonne saison. Ce qui devient difficile car elles sont de moins en moins prévisibles, mais sinon c'est vite la déception. Les pluies empêchent de faire pas mal de choses, mais en plus de ça elles coupent les routes et détruisent les chemins de trek. Sachant que pendant la mi saison, le ciel est vraiment couvert, et on ne voit absolument rien du décor. Chaleur et humidité à considérer aussi, le sud pouvant être un vrai four. Comme partout, choisir la bonne météo pour sur, mais c'est d'autant plus vrai que l'interêt du pays réside aussi dans des activités dictées par la météo.

Café : Rien à voir, circulez. Je n'ai trouvé qu'un seul bon coffee shop sur Kathmandu, et encore, loin d'être exceptionnel. Sérieusement, faites vos provisions avant de venir. A savoir que la chaine de café Népalaise Himalayan java coffee est probablement le meilleur pari dans bien des endroits. Traffic : Sur l'axe Kathmandu-Pokhara, c'est le bal des bus et des camions. Un beau bordel. En dehors c'est plutôt calme, mais les chauffeurs sont vraiment peu respectueux, et les bus vous frôlent en se marrant. Je ne me suis pas forcément senti en sécurité sur ces routes, moins qu'en Inde en tout cas. Petites routes et chemins sont souvent fort agréables cependant. C'est moins rapide mais mille fois plus agréable, prenez le temps de les suivre au maximum.

Mécanique :

J'ai du faire bricoler mon vélo sur Pokhara, et c'était une catastrophe. La capitale est peut être un peu mieux loti, mais pour être tout à fait honnête, j'attendrais d'être ailleurs, ou si c'était à refaire je le ferais moi même. Plusieurs magasins, ils n'ont absolument rien foutu et m'ont fait payer un max. Et je vous passe les détails. Evitez Pokhara pour de la mécanique. Post covid : C'est un monde post Covid. C'est un monde qui a soif d'argent. Et c'est aussi un monde où beaucoup de choses ont fermés. Y compris des établissements que vous pouvez toujours reserver en ligne ! J'ai même plusieurs fois eu le cas où j'ai du aller ailleurs, ayant fait face à une porte fermé, à un établissement fermé. Et le lendemain, j'ai reçu un email de booking.com disant que l'établissement s'était plaint de ma non venue et qu'il fallait donc que je paie. La blague. De plus, les photos en ligne sont souvent bien loin de la réalité. C'et déjà le cas en temps normal, mais aussi désormais les établissements ont passés du temps à l'arrêt et les photos sont encore plus trompeuses.

Qualité des routes : J'ai trouvé l'asphalte vraiment mauvais. Et faites bien attention aux routes un peu montagneuse, beaucoup de glissement de terrain, causant arrêt du traffic et souvent même des morts. Bus et vélo : On peut aisément voyager avec le vélo dans le bus. Toujours de la place, dans la soute ou sur le toit. Il faut payer, bien trop, mais ça dépanne. C'est facile lorsque l'on reserve à l'avance, mais aussi lorsque l'on doit en attraper un au bord de la route. Végétarisme : Bien moins évident que chez le voisin Indien. Surprenamment beaucoup beaucoup de viande. Le dhal bat est souvent la seule option.

Les parcs nationaux : Attention aux routes qui les traversent. Vous allez surement rencontrer des checkpoints de où on ne vous laissera par aller plus loin à vélo, il faudra sauter à l'arrière d'une jeep. Pour laquelle vous allez devoir payer bien sur.



Cependant, n'hésitez pas à aller les visiter. Les prix sont vraiment abordables et dans certains il y a beaucoup de rhinos, crocos, éléphants, tigres.

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