• Clotaire Mandel

De la violence des souvenirs.



La barre est si haute qu’on doute pouvoir la repousser plus haut encore. Mais à l’évidence, chaque jour apporte son lot de surprises. Les gens les plus heureux sont ceux qui risquent d’être les plus malheureux en retour. Car il faut vivre avec tout ça sur les épaules, il faut accepter que le bonheur passé fasse justement partie du passé. Trouver la force de rendre les lendemains encore plus beau alors que l’on est tenté de regarder derrière. Car derrière c’est la certitude des jours heureux.Le 21éme siècle et ses photos. C’est avec ça qu’il faut vivre et revivre les instants capturés qui la seconde d’après se sont déjà envolés. Mais le passé est la seule chose impossible. Tout reste à faire. Demain est, lui, de l’ordre du possible. Il faut accepter d’avoir été heureux, avec la certitude d’appliquer le même schéma pour que toute son existence soit une perpétuelle certitude quand à ce qu’était la réussite passée. Mais ne pas vouloir revivre les jours passés ! Ils se sont envolés. On aime bien prendre l’envol comme une excuse à la petite mort des jours précédents. Tout doit être neuf. Seul reste la certitude de ne vouloir que ce bonheur, qu’importe la forme qu’elle prendra. Les souvenirs sont violents en ceci qu’ils ramènent à l’intouchable. L’Homme s’aime à tout contrôler. Les souvenirs, il ne le peut. Ils sont inviolables, ils sont intacts et rien ne pourrait les entacher. Qui plus est, s’ils sont si beaux qu’on ne souhaiterais en aucun cas les descendre de leur piédestal. Ils sont violents en cela qu’ils renvoient à l’incertitude du demain. Et si demain n’était pas aussi beau ? Et si toute cette perpétuelle merveille était derrière moi. Mais c’est sans compter que nous sommes les premiers acteurs de nos quotidiens, qu’ainsi il n’appartient qu’a nous de trouver le beau partout, de refuser d’attendre toute une vie ce que l’on peut attraper en tendant la main. Tout de suite et maintenant.

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