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Retour d'Afrique, partie 1.



Partie 1 : Banalités


Il fait plutôt beau et nous sortons de l’épicerie d’Aureilles avec du rouge et du saucisson, la vie est belle. De retour du Maroc, je remonte la France depuis Marseille jusque Saint Quentin. J’approche la main vers la poignée de la porte lorsque le téléphone sonne, Eléonore.

“Chat, t’es sur ? Hier soir il y avais un client à l’âne vert qui a habitait longtemps à l’est de l’Afrique, il dit que tu vas te faire dépouiller. Tu peux tout perdre Clo.”

On monte dans la voiture avec le rouge et le saucisson, c’est ça le plus important dans le fond, le rouge et le saucisson.


Puis je suis parti l’esprit léger, il y avait 7 mois avant que la saison soit clémente au nord est de l’Afrique. Je ne savais pas à quoi m’attendre. J’avais des images en tête, des choses bricolé dans mon imaginaire, mais tout restait à faire.

Donc j’ai roulé dans un premier temps, durant ces 7 mois, jusqu’en Oman, d’où j’ai pris l’avion pour le Caire.


L’Afrique. Y’a plus qu’à.

Et au moment de s’élancer, de faire les premiers tours de roues, c’est un peu de pression et d’appréhension.

Je revois les photos du premier jour. Le visage inquiet devisant à l’extérieur du train qui nous amène tout au nord de l’Égypte. Je ne sais pas bien à quoi je pensais. Je savais simplement qu’il ne fallait pas regarder la carte. C’est le vertige assuré. Des milliers de kilomètres. Des milliers de tout un tas de choses.


Cette pression, elle ne me lâchera jamais de toute l’Afrique. Non pas qu’elle émane de moi, mais des autres. C’est avec amour qu’on me met en garde. On nous met en garde depuis qu’on commence à marcher, parler, avancer, prendre des décisions.

Alors quand tu dis que tu vas traverser le continent à bicyclette, c’est la foire.


L’Afrique, là comme ça à brule pourpoint, c’est quoi pour toi ? Souvent les réponses illustrent deux extrêmes.


D’un côté, c’est la vision cathodique. C’est la guerre, les enfants rachitiques qui meurent de faim et tendent la main. C’est le bruit et la fureur. La faim et la soif. L’insécurité. Les animaux sauvages, les insectes, les moustiques.


Et de l’autre c’est la vision éternellement positiviste. C’est des pays qui sont sortis de situations terribles et qui sont désormais des exemples de sécurité et de progrès technologiques. C’est le continent des tribus, des langues extraordinaires et des Hommes qui chassent l’antilope à moitié nu.

Des safaris et des couchers de soleil. De l’hospitalité et du sourire. Le berceau de l’humanité.


Bon, moi j’ai vogué durant 9 mois entre ces deux visions là.


Et un petit rappel des faits en chiffres en chanson :


- Je suis donc passé par : Égypte, Soudan, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Tanzanie, Malawi, Zambie, Zimbabwe, Botswana, Namibie, Afrique du sud.

Donc pas de pays en conflits ouverts (parfois discutable cependant..).


- Me concernant, Individu de type Caucasien et masculin. Ça c’est pas rien. Plutôt têtu et rarement patient en dehors du boulot, et comme je n’y suis pas souvent. J’aime ma petit bulle où personne ne vient mettre les pieds. Autant dire que certaines journées furent longues…


- 12 500km sur le continent en 9 mois environ. Quelques crevaisons et rien de cassé. Quelques trucs disparus mais bon, ça peut arriver absolument partout.


- C’est écrit avec un peu de recul, compte tenu du temps passé à en débattre avec les copains ou a retourner les événements dans la tête lors des heures passées le cul sur la selle.



C’est surtout important d’analyser ce qui m’a poussé à rouler ici.

Plusieurs années déjà auparavant je voyais sur le net des mecs traverser le continent Africain à vélo et ni une ni deux je me suis dit, ben oui moi aussi. Pourquoi pas après tout.

Le truc c’est que pour beaucoup de ce que j’ai pu lire, voir et entendre, c’était relativement unidirectionnel. Car c’est ça les affres de la communication, on peut montrer ce que l’on veut et y accoler le petit texte qui va bien.

Et je ne m’y suis pas retrouvé. Je me suis retrouvé loin de ce que je peux lire, voir ou entendre sur internet. Alors à un moment je me disais : “Mais t’es blasé à ce point ? Tu n’est pas capable de penser positif ? Tu n’arrives pas à te contenter de ce que tu as ? Suis je trop aveugle pour voir la beauté que d’autres voyageurs chantent ?”


Puis j’ai roulé avec des autres cyclos, parlé avec d’autres voyageurs. C’est un petit peu le même schéma pour tout le monde apparemment. Presque en tout cas.

Loin de tout ce que je peu lire en tout cas. J’ai vraiment eu l’impression que certains ne montraient que le côté positif du trajet. Et attention, loin de moi l’idée de juger ou blâmer, qu’importe, nous sommes bien libre de partager ce que l’on veut.

Le fait est que me concernant, l’émerveillement fût sporadique. Puis j’aime la vérité. Même si ce n’est pas ce que les gens veulent entendre, c’est ma réalité, mon expérience, mon point de vue. Et ça c’est non négociable.

Je me dit sincèrement que c’est un continent à part, qu’il faut être fait pour lui, et qu’alors on s’y épanouit. Ce ne fût pas mon cas.


Donc je ne prétend pas vous offrir la “vraie Afrique” ou vous dire que j’ai “fais le Kenya” ou “fais la Tanzanie”. Déjà je ne supporte pas cette expression, puis ça me forcerait à paraphraser Bouvier, ce qui est apparemment devenu un peu cliché.

J’offre là juste un bref aperçu de ma traversée à bicyclette. Le reste va suivre mais j’ai encore du mal à saisir l’entièreté pour écrire dessus avec.

Cependant, ce que je sais, c’est ce à quoi ressemble mon ressenti. Et je mets en garde car je suis plutôt sévère avec l’Afrique. Autant prévenir. Toujours est il que je suis toujours entier et avec mon vélo. Mais merci de ta bienveillance Eléonore.


A suivre !