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Partie 6 : Rwanda

Ce chapitre sera relativement court, car en effet, le pays est relativement, puis il arrive pile au moment où je ne me retrouve plus dans l’environnement dans lequel j’évolue.
Je passe la frontière sans avoir trop d’idée en tête de ce que je vais pouvoir y trouver. On m’avais juste prévenu que c’était densément peuplé. Et que c’était très beau.
Ce qui est amusant c’est que en m’approchant du pays, certains s’inquiétaient de me voir aller au Rwanda. C’est peut être le dernier pays à craindre sur ma route, mais les nouvelles se sont arrêtés au génocide alors.

 

De la frontière à Kigali :

 

Je passe la frontière de bon matin. Simple et efficace. Enfin quoique, on me demande tout un tas d’infos et comme un idiot j’essaie de répondre oralement. D’habitude je fais une geste vers le vélo avec un grand sourire, et d’un air renfrogné le douanier marmonne un truc qui ressemble au “Mouai ok t’as pas d’adresse et tu sais pas où tu vas”.
Et là j’ai tenté de répondre que quelqu’un m’attendait. Ce qui est vrai étant donné que j’avais une couchsurfeuse qui m’attendait. Mais je ne connaissais pas son nom de famille, ni son adresse, ni son boulot. M’enfin, ça lui paraissait étrange que l’on puisse être attendu par quelqu’un de qui on ne connais rien.

 

Je passe, puis je file. Je ne cherche pas trop à trouver un distributeur bancaire, trop hypnotisé par ma concentration à rouler à nouveau à droite de la route. C’est un peu comme être à la maison de nouveau.
La vallée est belle, très belle. Je suis content de rester en son creux car les flancs sont quelque peu abruptes.
Mais il me faudra bien vite passer un col. Aucun problème, dans ce genre de conditions je peux monter des cols tous les jours, pourvus que la vue soit belle.

Les villages ont une petite place centrale où siègent la coopérative de thé. Ces villages n’ont rien d’une recherche de confort ou d’esthétique. C’est simplement là où vivent les cueilleurs de thé. JE les vois remonter la route à contre courant avec leur sacs remplis de feuilles. On se fait signe. L’ambiance est bonne.
Très peu de voitures, beaucoup de vélos. Plus par nécessité économique que par amour de la petite reine j’imagine.
Et en effet, c’est un flot incessant. C’est peu dire que le pays est densément peuplé.

 

Je me rends vite compte que je ne trouverais pas de distributeurs sur la route, pas avant Kigali, et que je n’ai plus un rond. Toutes ces publicités sur le bord de la route ventant la fraîcheur des bières blondes Rwandaise, s’en est trop. Je regarde la carte. Ca fais une belle journée mais rien de surmontable, cap sur la capitale. Ce qui en d’autres termes fait aussi traverser la moitié du pays en une journée.
Donc je roule, je prends grand plaisir à rouler vite, à sentir mes jambes exister.
Mais vite je me sens un peu oppressé par ce flot de vélos qui prend plaisir à se coller à ma roue. Il n’y a pas de vent de face, je ne comprends pas trop une telle proximité. C’est bon enfant, mais moi je suis comment dire, très moi même. Et j’aime mon espace.
Alors oui j’entends d’ici, encore, “Fallait pas aller en Afrique Clo.”
Ouai y’a de l’idée, même si ça reste un peu cliché.

 

Lors du passage du col, un mec me colle tellement que lorsque je me glisse sur le bas côté pour uriner, il me rentre dedans. Ca le fait rire, les gens autour aussi, moi pas vraiment.
Je pisse et j’accélère le pas. Si y’a bien un truc que je sais faire pas trop mal c’est grimper avec une bicyclette, alors je le laisse derrière. Le col est vraiment beau, les champs de thé deviennent de plus en plus petit, et j’ai envie d’être seul ici. Je me sens bien dans mon silence. Pas de traffic non plus. Ce silence c’est le mon bruit préféré.
Au sommet je prends une photo, vite entouré par des copains que je ne connais pas encore mais qui semblent curieux. J’aurais voulu rester plus longtemps assis là haut à regarder la vallée, mais j’aurais voulu le faire seul. Et ça ne semble pas être un concept partagé par tout le monde ici.
Alors je me dirige vers la descente, et ça déroule presque jusqu’aux abords de la capitale. Je salue tout le monde au passage, mais toujours ces foutues publicités de bière. Il fait chaud et j’ai soif, toujours soif de toute façon. Je roule vite, c’est bon d’être en montagne.
Puis la capitale apparait doucement. Je n’ai plus grand chose à manger non plus, il me faut arriver car l’hypoglycémie guette.
La route est verte et sauvage jusqu’à quelques kilomètres du centre ville. C’est assez impressionnant que les champs soient encore balayer par le vent si prés de la capitale. Tant mieux.

Puis Kigali. C’est l’exemple typique de ces capitales d’Afrique subsharienne que l’on s’est dépêché de mettre sur les collines les plus pendues. Lorsque tu arrives à destination et que tu pose le vélo, tu ne le ressors plus, chaque passage d’un quartier à un autre est un passage de col.
Je me jette sur le distributeur, puis l’assiette de frites et la bière fraiche. Je regarde la pente qui semble m’attendre pour aller là où je le veux. Je regarde ma bière vide. J’en recommande une.

 

J’observe donc cette ville, ces habitants, ce pays qui bat ici. C’est intriguant tout de même le Rwanda. J’ose à peine imagine cette rue 25 auparavant.
Mais ce qui me choque surtout, c’est que tout le monde sur motos et scooters portent un casque. Puis lorsqu’un piéton veut passer, il va au passage piéton, et tout le monde s’arrête systématiquement. C’est un peu l’hallucination.
La ville est propre, le déplacement facile et personne ne fait attention à moi. Les vacances. Je trouve même des croissants et du bon café, le paradis.
La ville est relativement safe, on peut donc monter sur un soda et aller boire quelques bières avec des copains à l’autre bout de la ville. Les conversations au bar sont en Français et l’ambiant est bonne enfant.

 

Le centre ville est tout ce qu’il a de plus classique en Afrique subsaharienne. Tout est sorti de terre il y a peu, sans charme ni recherche du beau. C’est plat, tant dans ce que les commerces ont à offrir que dans la ballade à pied pour essayer de trouver un semblant d’architecture intéressante.
Passage obligatoire au musée du génocide. C’était peut être pas le premier truc à faire dans la journée cependant. C’est assez poignant, brutal. Et en lisant l’histoire on essaie de cacher son accent français.

 

Je tente aussi un passage à l’ambassade du Burundi armé d’une bonne poignée de dollars pour faire ma demande de visa. Un énième jour férié, je repasserais demain ! Puis le soir venu, j’ai des nouvelles d’un autre cyclo qui est au Burundi, l’ambiance est apparemment moyenne moyenne. D’après ses dires, ça pourrait bien ressembler à un relent d’Éthiopie. Aucune envie de ça. Aucune. Alors j’abandonne l’idée, et ça me fait économiser pas mal d’argent et de dénivelé.

 

Puis il faut bien repartir. C’est surtout l’envie d’avancer qui me pousse vers la sortie. Je ne suis pas tombé amoureux de la ville, en tout cas pas suffisamment pour rester plus longtemps. J’ai envie d’atteindre la Tanzanie. De me sentir avancer.

Il me faudra deux nuits et à peine plus de jours pour parvenir à la frontière.
La sortie de ville est plutôt simple. En sortant comme en entrant, quelques kilomètres et je me retrouve dans le vert. Adieu le béton et bonjour le retour aux belles vallées verdoyantes.

 

Un col m'attend un peu plus loin. Long mais relativement faiblement pentu et me sentant en grande forme, je l'attaque en chantant. Puis j'arrive en haut. La vue d'un côté pour déboucher sur celle de l'autre côté de la vallée. C'est vraiment chouette. Un plaisir de grimper ici.
Au sommet je m'octroie une bière. Je trouve toujours une excuse sans chercher bien loin.
Puis classique, on vient s'assoir avec moi, on m'offre même la bière. Bon, je sais à quoi ca m'expose d'accepter mais de toute façon, il ne me lâchera pas. Alors je l'écoute en sirotant la bière tant qu'elle est fraiche. Il me parle de ses problèmes. Non pas que je n'ai pas envie de les entendre, mais parfois j'aimerais parler de tout et de rien avec les gens, mais de quelque chose positif. A défaut de pouvoir rester silencieux, au moins du positif.
Plus le temps passe plus j’accélère sur la bière, me voyant finir, il m'en propose une autre. "Non non c'est bon merci, tu sais je fais du sport je ne peux pas tant boire". La bonne blague, le nombre de fois où je roulais presque du mauvais côté de la route...
Je repars après avoir refuser gentiment de rencontrer sa maman, lui avoir donné mon numéro et avoir presque promis de repasser malgré lui avoir expliquer que je vais plein sud et que je ne repasserais surement jamais de la vie ici. Voilà là où j'en suis arrivé, donner aux autres ce qu'ils ont envie d'entendre.
Ce n'est peut être pas très cool, mais c'est une manière pour moi de me protéger.

Enfin, je reprend la route. Je passe Kayonza le soir et vais frotter mes capacités de négociateur auprès d'un camping. Ça échoue plutôt lamentablement et je me retrouve à payer bien trop. Ca ne semble pas être de ces pays où la négociation fait partie de la culture.
Je passe une nuit au calme et repars le lendemain sans savoir si je vais passer a frontière ou non. Qu'importe, c'est tout l’intérêt d'avoir le temps.
Mais la journée s'avérera plus longue et pentu que prévu, alors je m'arrête le soir quelques kilomètres avant la frontière. Je négocie tant bien que mal quelques œufs pour le petit déjeuner, mange un plat qu'on me fait payer trop cher et je m'écroule dans mon lit.

 

Le lendemain j'ai la bonne humeur des matins où l'on passe des frontières. Surtout celle ci. Pour moi la Tanzanie c'est la deuxième moitié de la traversée qui commence. Aucune réelle logique là dedans, c'est juste la frontière psychologique qui marque la moitié de mon périple en Afrique.
Alors voila, je roule gaiement vers la frontière. La pluie est déjà passé, je ne l'ai même pas vu. En revanche j'arrive à la frontière dans un bel état.
Un dernier petit déjeuner avec la petite monnaie restante et voila, je passe la grille.

Et alors le Rwanda ?
Bien, difficile à dire, étant donner le peu de temps que j’y suis resté. C’est vraiment dommage car c’est un beau pays pour ce que j’en ai vu, et qui je pense a des coins merveilleux.
Cependant, comme beaucoup de cyclistes, je n’ai fait que passer. Je n’ai fait que passer pour plusieurs raisons : je n’avais pas de profondes et intenses envies de visiter le Rwanda, je n’étais pas dans une période où je désirais être constamment entouré d’autant de personnes (si tant est qu’il y ai une période où j’en ai envie).
La raison pour laquelle tout les cyclistes passent au Rwanda, soyons honnête, c’est le visa. L’Ouganda et le Kenya sont immanquables, mais pour le même prix, le Rwanda est compris dans le visa. Alors autant y aller !

Cependant, les gens sont adorables, le pays est beau et plein de ressources, c’est vraiment une bonne idée que d’aller y trainer les sandales, mais je ne pense pas que le vélo soit le meilleur moyen de l’explorer.
Enfin, en soit si, mais c’est vite étouffant et épuisant. Et je dis ça de manière plus général car les copains qui y sont passés ont vite fait de tracer une ligne droit et courte sur le GPS pour en sortir. C’est vraiment humainement intense. Court mais intense.