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Partie 2 : Soudan

Une fois les problématiques Kafkaïennes résolues en Égypte, nous passons par l’immigration Soudanaise. Et tout de suite, aussi idiot que cela puisse paraitre, je me suis senti en Afrique. Comme un espèce de nouveau départ.
Un douanier jette un coup d’œil sur les bagages avec un grand sourire et une curiosité qui ne sont pas que en rapport avec sa tâche.
On échange de l’argent dehors au marché noir, filtrons de l’eau et nous passons définitivement les grilles. Soudan. Le panneau est formel.

L’air est épais, le soleil brûle de ses dernières minutes. Avec le vent de face il est trop tard pour faire les 35km qui mènent à la première ville.
On décide donc d’essayer de camper à la frontière. Je crois que dans cette décision il y a aussi le désir de tester le Soudan, de voir si oui, notre liberté de mouvement nous est retournée.
Et elle l’est. Personne ne semble gêné à l’idée que nous dormions sous la cabane en tôle qui abrite un restaurant le matin et un stand de thé du matin au soir.
Celle qui nous sert le thé sourit de nous voir déployer nos maisons pliantes. Ça ne doit pas être la première fois que des cyclistes dorment ici. On utilise pour la première fois cette monnaie Soudanaise pour se payer un thé que l’on dégustera dehors.
Là même où le soleil se couche sur l’infini désert. Tout semble doux alors que le paysage est celui du plus grand désert de sable du monde. Mais le corps et l’esprit se relâche. On peut enfin aller pisser sans avoir la police, camper sans se soucier de se cacher.
Je ferme les yeux. Le vent vient me dire Ô combien tout va être différent désormais. Le Soudan. Ce pays qui a si bonne presse auprès des cyclistes. Mais aussi le pays tampon entre l’Égypte et l’Éthiopie. Le pays entre les deux points noir de la traversée.

Au petit matin nous déjeunons avec des camionneurs Egyptiens qui remontent de Khartoum. Ils attendent de pouvoir passer la frontière. Ils ne savent pas combien de temps. Ça peut prendre des jours. C’est probablement la frontière la plus chaotique qu’il m’est été donné de traverser.
On se décide à braver le vent pour rejoindre Wadi Alfa. Là nous retrouverons le Nil, mais surtout, ça sera le premier contact avec un village Soudanais et les Soudanais eux même.

Sans grande surprise, c’est un village traversé par des chemins poussiéreux. Nous trouvons un hôtel et posons les affaires. Il est trop tard pour aller s’enregistrer auprès du bureau local de l’immigration. Trouvons à manger et faisons quelques courses à l’épicerie. C’est aussi et surtout le moyen de sentir le pays, de voir ce que l’on peut trouver sur les étals et ce que les échoppes de rue offrent à manger. C’est donc voir à quelle sauce nous allons être mangé ces prochaines semaines.

Le village s’étale en petites cabanes de pécheurs de long du Nil. Un vieil homme proche de la cécité noue un filet de pêche de ses vieilles mains habiles. Quelques pécheurs en djellaba blanches attendent assis sur leur bateau. Le semble semble s’écouler lentement.

Une fois enregistré nous repartons. Il nous faudra 3 jours pour arriver à Abri. Et la première nuit, je crois que ce fût mon premier contact avec un tel silence. Ce silence que je souhaite à tout le monde de connaitre.
Il n’y a rien d’autre que ce pesant silence. Le soleil se couche et nous sommes cachés dans ce vaste Sahara, derrière un immense tas de pierre et de sable. De là on peut grimper pour regarder d’en haut ce qu’il y a autour.

Du sable et quelques rochers. Le nombre de voitures et camions sur la route s’amenuise à mesure que le temps passe. Et pendant ce temps, les quelques nuages qui se répandent en trainée dans le ciel s’embrasent des dernières lueurs du jour. J’ai du mal à me résigner à descendre de la haut. C’est si beau.
Puis la nuit vient. C’est elle qui véritablement amène ce bruyant silence. Il en devient presque dérangeant. Je pourrais le toucher tant il me parait épais.
Les étoiles viennent bientôt achever de m’émerveiller.

Les villages sur la route sont ce qui s’avérera par la suite typiquement Soudanais. L’architecture est très carrée, rien ne dépasse. Les couleurs sont sobres, comme la tenue des hommes. Il y  a une très clair cohérence dans tout ça. Il fait si chaud que les villages semblent déserts. Villages déserts posé au beau milieu du plus grand désert de sable. On se sent les seuls au monde. Nous puisons de l’eau dans les jarres au bord de la route qu’un mystérieux et bienveillant personnage s’applique toujours à remplir. Toujours nous les verrons remplies, jamais nous ne ne verrons quelqu’un les remplir.

Ainsi nous arrivons à Abri. Ce que l’on prenait pour une petite ville n’est encore qu’un gros village aux ruelles ensablées. Abri. Quel nom prédestiné à nous accueillir.
Tout est lent ici. Les Hommes boivent le thé et les femmes sont invisibles. Alors nous décidons d’y passer quelques jours pour prendre la mesure, pour sentir le pays aux rues ensablées.

 

Le soleil se couche sur le Nil et les moustiques nous chassent. Un bras du Nil à passer et nous sommes sur une ile longiligne faite de sable. Ici on vient en barque et on y circule à dos d’âne. Le temps semble être ralentit au possible. Il fait si chaud que personne ne met le nez dehors. Cependant, les portes sont toujours ouvertes. Si elles sont fermés, c’est que personne n’est à l’intérieur. Puis cette architecture.
 

Tout est rectiligne, brutalement sobre. Comme pour composer avec le désert, comme pour ne pas offusquer ce lieu que vient sacraliser les lignes droites et les peintures blanches.
La vie y est d’ailleurs tout aussi sobre. La nourriture s’annonce déjà répétitive, les épiceries vendent toutes la même chose, côte à côte. Quand au petit plaisir d’une boisson rafraichissante, c’est le thé ou le soda.

Nous reprenons la route jusque Dongola en longeant le Nil. Cette mince bande de verdure qui traverse le pays de part en part. Ici les Hommes cultivent, exploitant l’eau du fleuve. La route passe alors entre le désert rocailleux et inhospitalier, et les plates bandes verdoyantes. Pour dormir, on a le choix. Droite ou gauche.


C’est évidemment vite choisi. Et ainsi on se retrouve sous les palmiers. Si l’on nous surprend à traverser le village, on ne coupe pas à l’invitation au thé. On se rassemble autour d’une table improvisée en discutant un mélange d’arabe balbutiant et d’anglais.
Tout le monde autour de la table à sur la tête une moustiquaire. Les petits moucherons qui tentent de rentrer par centaines dans la bouche, les yeux, les oreilles et le nez, nous poussent à adopter ce douteux accoutrement.

Seul le soleil couchant les chassera petit à petit. Ou si nous arrivons trop tôt, un feu de camp auprès duquel nous restons collé amoureusement, épargnés par les moucherons, mais envahis de fumée et de chaleur.


Mais malgré ça, je regarde ces campements amoureusement. Il y a une esthétique particulière. Comme un tableau que l’on s’imaginait et duquel on est désormais personnage.
Un matin, nous nous réveillerons prés des habitations, avec un gros thermos de thé et quelques verres, des dates et du pain. Sans un mot, sans une attente, sans un salut. La bienveillance d’un étranger pour un autre. Toute la réputation des Soudanais dans ces quelques gestes. Ces gestes qui ponctueront notre route et qui en feront un pays très special pour moi, très spécial sur ce continent et sur les autres. Un pays duquel on garde le gout.

En arrivant à Dongola, nous espérions surtout avoir une petite ville qui nous offrirait plus à manger que des haricots baignant dans le jus. Ça n’arrivera pas. Toutes nos attentes sont déçus puisque nous ne trouverons rien d’autre. Les épiceries s’alignent et vendent à peu prés les mêmes choses. Puis pour le pain, la queue s’enroule sur le trottoir pour ne pas gêner la route. Il faut parfois des heures pour avoir un sac de pain. Et lorsque l’on tente de faire la queue, tout le monde s’écarte de concert pour nous laisser la priorité. J’en suis toujours gêné au point de refuser, mais on ne me laisse pas le choix. On me tend un sac de pain en échange de quelques billets. Ça semble normal pour tout le monde. Je suis le visiteur, l’invité, le pèlerin.
Il y a dans ces pays à la culture musulmane un respect du pèlerin. A pied, à vélo ou quel que soit son moyen de transport. Cette notion d’invité. Un invité qui ne repart jamais le ventre vide.

Tempête de sable à Dongola. Tout le monde ferme, on ne voit plus à 10 mètres. Ce soir sera encore frugal. La crise n’aidant pas d’ailleurs. Nous sommes au moment où le peuple se révolte et crie sa colère. Nous essayons de passer entre les manifestations. Parfois nous passons après, ainsi de l’hôtel dans lequel nous dormons et qui appartient au gouvernement. Les vitres sont cassés mais tout le monde garde la face. A l’accueil, ile ne faut pas avoir trop à demander, le personnel jouant à une vielle version de Fifa sur un petit écran.
La vie a reprit son cours. Certains reviennent de plus grandes villes blessés, parfois amputés d’un membre. On fait autant la queue pour le pain que pour l’essence. La monnaie ne vaut plus rien et s’échange à bon prix au marché noir. La tension monte. On espère passer au travers.

Deux routes désormais. Par le désert. A l’ouest ou à l’est. Dans tous les cas il va falloir quelques jours pour rejoindre Khartoum. On fait provision de ce que l’on peut avant de s’élancer. Il y a toujours quelqu’un qui vend du thé et des haricots. Mais matin, midi et soir, on a vite tendance à s’en lasser, n’hésitant pas alors à se charger dés que possible de tout un tas de provisions qui nous permettront d’égayer le quotidien.
Il est facile de dormir ici. On s’écarte un peu de la route et on plante la tente. Il y a un sentiment de sécurité indescriptible. Et l’impression de ne jamais déranger qui que ce soit.

Nous passons par old Dongola en traversant le Nil en barque. On nous avait vendu un super endroit à voir. Je n’aurais aucune sensibilité pour cet endroit. En évitant soigneusement de payer les 20 dollars de droit d’entrée, on se fait chasser par la police et rapatrier au commissariat. Tout s’arrange en s’expliquant calmement. Une belle leçon qui sera bien utile dans le futur.
On repars par une route qui s’avère être le parfait cliché du Soudan, un sable orange qui grimpe sur l’asphalte, tendant parfois à la faire disparaitre.

Nous sommes désormais à 303km de Khartoum. 303km de pur désert avec entre deux, au bord de la route, un vendeur de thé bien à l’ombre.
Là le désert fait son effet sur moi. Il fait changer d’humeur un bon nombre de fois. et le vent n’aidant pas, il nous faudra plus de 3 jours pour rejoindre la capitale.
On passe de l’excitation à l’ennui en un rien de temps. Il n’y a presque rien dans le décor qui vient perturber le calme plat de la vue que l’on a devant, derrière, sur les côtés. Des étendues de sable plus ou moins rocailleuse.
Quelques voitures et bus de temps à autre. Et cette fameuse règle dans le désert, il peut n’y avoir personne pendant une heure, puis lorsque deux bus vont se croiser, ça sera systématiquement à notre hauteur. Ca prend un peu de temps de réfléchir à ce phénomène, ça fait défiler le paysage.


Il y a parfois un stand où s’arrête des bus de touristes. En allant pisser derrière, on voit à quoi ressemble la réalité dans le Sahara. Personne ne venant ramasser les bouteilles de coca en plastique que le monde consomme dans ces restaurants de bord de route, tout ce monde de plastique finit derrière, à coté des toilettes. Ça n’a pas l’air d’inquiéter grand monde, pour ma part, ça me laisse un peu pantois. Le sol est jonché. Les paquets de chips s’envolent avec les sachets plastique et viennent se prendre dans les buissons épineux, créant ainsi une sorte de triste plastiquier, arbre du 21éme siècle.

Les soirs et les matins sont les réels moment de bonheur. Lorsque la lumière se tamise et que la tente siège au milieu de la plus grande étendue de sable au monde. Le silence se fait et les étoiles prennent place. Le temps passe également, chaque jour de notre existence. Et parfois, on aimerait que certains moments soient plus lents, pour leur offrir plus de contemplation.

Le désert me marque et me marquera à jamais. Là j’ai compris la rigueur de la vie que mène ces habitants du Sahara. On pourrait arriver avec les poches pleines de billets verts que ça ne changerait rien. Il n’y a rien à acheter.
Le silence ne s’achète pas. Les nuits étoilés ne s’achète pas. L’étendue impossible de sable ne s’achète pas. On a que ce que l’on peut avoir, à la hauteur des autres. Chacun est égal aux autres dans ce foutu désert. Même le plus riche des Hommes devra s’assoir par terre, mange avec sa main et se faire une place pour dormir au milieu des hommes en prière.
On apprend tellement en étant confronté à la frugalité. Une vie ascétique que mène des Hommes qui n’en ont peut être même pas conscience. C’est ainsi que les choses sont. Le désert comme perspective.

Nous parvenons au quatrième jour dans la banlieue de Khartoum. Ca fait une bonne quinzaine de jours que nous n’avons pas vu une douche et nous arrivons heureux mais dans un sale état. Comme des dirt bags comme on dit en anglais.
Et même si ce genre de section peu être dur physiquement ou moralement, il y a toujours une satisfaction à être passé au travers, et un sentiment de redescende à la réalité lorsque le monde moderne nous envahit.
Khartoum. Quelques tours d’acier brillantes donnent un air de modernisme à la capitale. Pourtant il suffit de sortir des axes principaux embouteillés pour se retrouver à nouveau dans le sable et la poussière. Les conducteurs sont étonnamment respectueux. Nous sommes toujours un peu sceptique à l’idée d’entrer dans les capitales, mais ça se fera facilement.

Dimitri nous attend dans un appartement entier qui nous est prêté via couchsurfing. Nous y passerons une semaine.
La ville n’a pas beaucoup à offrir. On passe donc du temps à bricoler les vélos, écrire et lire, demander les visas Éthiopiens et planifier la route que l’on prévoit d’emprunter à quatre pour des raisons de sécurité. Pendant ce temps, j’ai aussi eu l’occasion de perdre ma carte bancaire et ma carte d’identité.
Un endroit cependant attire l’attention de mes journées à Khartoum. Un endroit cosy où l’on se sent presque à la maison. C’est un peu cher mais peu importe, je dépense mon argent en bonne bouffe et bon café. Ca fait bien trop longtemps pour que je sois offensé par les prix. Un endroit où les expatriés se retrouvent pour oublier que le pays est en proie à un dictateur, le seul chef d’état au monde à être encore recherché pour crime contre l’humanité.
Il y a une légende qui parle de bière et de vin. C’est plus qu’une légende, mais pour ça il faut pouvoir approcher les diplomates. Et en-dehors de ça, la vie est plutôt fade à Khartoum.

Encore que, étant là bas durant les manifestations, c’est parfois animé. On nous conseille de faire des détours pour éviter certaines zones où le sol est jonché de briques et de poubelles brulées. De notre terrasse nous avons les odeurs de gaz lacrimo qui viennent piquer les yeux et les narines.
Nous tombons successivement malade et devons bouger de l’appartement jusqu’à un hôtel en centre ville. Donc nous y passons plus de temps que prévu. Les rues sont calmes. Les femmes sur des tabourets servent le thé et le café du matin au soir. Les endroits qui possèdent des télévisions sont pris d’assaut le soir pour avoir le droit à un peu de distraction.