Thanks to :

l'âne vert tafedna ecologe maroc essaouira
logo-vera-cycling-slogan.jpg
  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon

Partie 7 : Tanzanie

Content de passer la frontière, content de quitter le Rwanda. On m’avais dit qu’à partir d’ici, on pourvoir espérer retrouver une vie à peu prés normal sans être entouré constamment. Alors évidemment, ça me rend curieux. J’en ai envie de cette vie là.

 

Rapide passage à la frontière le temps de dégotter un visa et d’échanger le reste de mes francs rwandais. Puis je me lance après une brève analyse de la carte. Je savais que ça montait après, et en effet, j’ai bien fait de m’y attaquer pas trop tard.
Me voila donc en Tanzanie. Je retourne de l’autre côté de la route, roulant à gauche de nouveau. Pas de trafic, mais des premières côtes exigeantes. Il ne faudra qu’une poignée de kilomètres pour atteindre le premier bar et m’y assoir. Je ne ressens pas l’envie de rouler, je prévois donc d’atteindre un village pointé un peu au hasard sur la carte et de voir.
La route entre deux est sérieusement défoncé et il faut zigzaguer entre les blocs de béton restant qui constituent encore un semblant de route. Le ciel se pare d’un voile épais. Ça ne choque pas les seuls gens au bord de la route, puisque ça vient d’eux. Eux qui vendent du charbon au bord de la route et qui pour ça mettent le feu au forêt. Ainsi le ciel se couvre de la nécessité de l’Homme de se chauffer et d’offrir à la nuit un feu de joie.

 

Je prends plaisir à rouler ici, je revis même. Il n’y a presque personne au bord des routes. Je peux chanter à tue tête sans risquer une atteinte aux capacités auditives des gens qui m’entourent.
Puis un village le lendemain ou j’arrive avec mes 3 sous dans l’espoir de trouver un distributeur. Pas avant quelques centaines de kilomètres. Là je me dis deux choses : “Mince” et “C’est pour ça que j’aime l’Afrique”. Je change quelques dollars et en investis déjà une partie dans un repas copieux.
Ainsi des prochains jours sur l’asphalte. Je fréquente tantôt les espaces laissés à peu prés vide par les Hommes entre deux villages tantôt les hôtels pas cher.
J’ai une réelle impression positive du pays. Et même cette omelette au frites, quel bande de génies.

Je passe par Jomu et le petit détour valait le coup. J’ai l’impression de retrouver un peu de certains décor en Inde ou au Maroc. Cette route qui commençait à devenir ennuyeuse m’a entendue.
Le soir même, impossible de trouver un endroit caché du reste du monde pour planter la tente, je continue jusqu’à ce que le soleil embrase l’horizon. Quelques cyclistes vont dans l’autre sens, comme d’habitude on se salue. Aucune trace d’inquiétude ne peut se lire chez moi, je sais que tout s’arrange toujours ici. Puis s’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème.
Il fait presque noir, je pose le pied au sol et regarde autour, ça va être difficile ce soir. Un homme vient vers moi, j’essaie tant bien que mal d’expliquer que je veux planter la tente sous un arbre où ça ne gêne personne. C’est surement le concept qu’il n’a pas compris de première abords, car une fois qu’il ait assimilé le fait que je voulais dormir par terre dans une maison pliable, je fût accompagné dans son jardin.

Jardin de sable. Jardin humain. Des gens partout. Ils s’étagent du plus jeune au plus âgé, assis à me regarder. Je me suis senti la télévision du village sans électricité. Ces moments sans mots, ceux là où l’on se comprend le plus simplement du monde.
Et le lendemain, à l’écoute de mon zip qui ouvre ma tente, tout le monde devine que je suis réveillé. Alors j’ai un tas de spectateur pour mon café matinal. Ça me rend heureux. Bien que je l’aime sans sucre et sans compagnie d’habitude.

 

Craig est juste derrière moi, on se donne rendez vous à Sikonge. De là devrait commencer une piste qui devrait durer deux jours, dont une longue section sauvage qu’il faudra essayer de traverser le même jour.
Ainsi j’arrive à Sikonge. La piste a déjà commencé depuis plus de 30km, ça s’annonce sympa. Craig arrive un peu plus tard, vidons quelques bières et quelques assiettes d’omelettes aux frites avant de s’endormir dans un hôtel.

Le lendemain, la matinée est dédié à une lessive, les courses pour la perspective des prochains jours dans la brousse. Peu d’infos sur ce qui nous attend devant, on avance un peu à l’aveugle sur la piste, et c’est plutôt excitant.
Quittons en début d’après midi Sikonge et nous nous arrêtons une quarantaine de kilomètres plus loin dans ce qui semble être le dernier village avant le bout du monde. On nous accueille à l’école et nous explique qu’il vaut mieux dormir ici car c’est après presque 150km de savane peuplée d’animaux sauvages. nous avons de notre côté oui dire que certains avaient entendu rugir, ça aide à pousser sur la pédale.
Mais on ne savait pas que ce serait bien pire que ça. Bien pire que d’éventuels lions. Enfin, ça reste à prouver.

 

Il fait chaud, très chaud. La piste est vraiment belle, silencieuse. On espère tout de même y voir un peu d’animaux sauvages, alors on reste attentif.
Après 40km on s’arrête grignoter. Les moucherons nous forcent à mettre les moustiquaires de tête. La piste orangette nous tend les bras. Il faut avancer puisque le prochain village est encore loin, et c’est là que quelques mouches tsétsé se font connaitre, vite accompagné par beaucoup d’autres. S’engagent alors une course. Il reste une petite centaine de kilomètres avant le premier village, ça s’annonce être une longue journée. Plus le temps passe, plus il fait chaud, et plus on se couvre. Les mouches piquent à travers les vêtements alors on rajoute les couches pour éviter d’avoir à se frapper de gauche et de droite pour les chasser.

Ainsi on avance tant bien que mal. Sous la chaleur et l’effort, il faut bien boire, mais chaque fois que l’on soulève la moustiquaire, les mouches se fraient un chemin jusqu’à la bouche, les yeux, le nez, les oreilles.
Alors on pédale vite, pour en sortir vite. C’est moralement difficile mais qu’importe, aucune issue. Alors on pédale, pédale, pédale.

Tant bien que mal nous arrivons à une mine d’or à 15km du village que nous espérions atteindre. On ne veut plus aller plus loin. Un homme sur le bord de la route fait les frais des dernières mouches qui nous suivent. Il saute partout avec de grands gestes pour ne pas se faire piquer. Je le regarde avec compassion, c’était ce à quoi ressemblait notre journée.
Il nous indique un poste de police, alors on y va. Ce n’est pas la première fois que nous dormons dans une mine d’or et on sait où s’adresser.
Et là comme ailleurs, c’est ambiance far west. Les baraques de fortune, l’alcool et les odeurs de cannabis. Le chef de la police vient nous chercher et nous amène au bastion des policiers et nous offre un gros bidon d’eau pour nos besoins généraux. On s’écroule rapidement après un bref repas. Même pas la force d’aller chercher une bière, c’est dire.

Le lendemain on croit retrouver l’asphalte à une intersection qui à l’air plus grosse sur la carte. A l’intersection c’est la déception. Il va falloir continuer sur la piste pendant encore quelques jours et centaines de kilomètres. Nous décidons parallèlement de ralentir. Pas envie de se précipiter ici. Passons donc le reste de la journée à cette intersection à boire des bières et manger des omelettes aux frites.
On regarde le monde passer en bus. Des bus blindés où chacun semble collé au siège de l’autre. Finalement on se dit que ça pourrait être pire, on pourrait être dans un de ces bus. Mêmes si la piste est plutôt rude, on a l’espace vitale nécessaire pour être heureux.

 

Les jours se suivent et se ressemblent. On se rend compte que l’on s’est engagé sans le vouloir dans la plus vaste forêt du pays. Nous ne voyons que quelques bus qui nous dépassent en nous laissant dans un nuage de poussières. Du reste, nous ne voyons pas grand chose, caché par la dense forêt. Parfois au sommet d’un petit quelque chose, on prend la mesure de là où l’on se trouve.

Du vert à perte de vue. Une part de nous à envie d’en sortir, l’autre est heureux de voir un endroit encore si sauvage.
Quelques villages où s’approvisionner en eau et manger la même chose, quelques vélos surpris de nous voir ici. Quelques animaux et encore quelques foutues mouches tsétsé. puis de hauts et de bas, nous voyons l’asphalte arriver. Ouf.

Pour fêter l’arrivée sur l’asphalte, nous faisons pleuvoir la bière puis décidons de dormir au même endroit après négociation. Nettoyage du vélo, lessive qui n’en finissent plus tant les vêtements sont chargés en poussière.
Dés le lendemain nous roulons vers Mbeya.
Nous montons progressivement et longeons une crête qui surplombe une vallée plate et s’étendant à perte de vue. C’est beau. C’est dans l’effort et c’est tout ce que nous voulions. Les montagnes auront toujours l’avantage sur le plat. De là nous redescendons sur Mbeya, ville tant attendue puisqu’elle est sur le papier la seule ville digne de ce nom sur notre route vers le sud. Nous en attendons beaucoup même.
Ville nichée dans les montagnes, la vue d’en bas y est belle lorsque la lumière vient raser les sommets.

Mais à la recherche de quelque chose à manger autre que l’omelette aux frites, d’un peu de vie nocturne ou social, c’est la déception. On reste quelques jours pour mettre à jour les réseaux sociaux, écrire, lire et se relaxer en dehors du vélo.
Puis l’éternel débat, Malawi ou non. C’est plus une question d’argent que de motivation.
Et le départ, puisque rien de spécial ne nous retient ici, direction le Malawi.