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Partie 6 : Turquie

C’est donc le vent de face que l’on arrivons au poste frontière en luttant. Avancer en direction du drapeau Turque est symbolique pour nous. C’est la fin de l’Europe, la fin de l’Europe. L’éloignement qui prend forme, qui se matérialise. C’est aussi un immense pays qui s’annonce devant nous.
Au moins 2000km d’une frontière à l’autre. Aussi beaucoup d’attentes, de part ce que j’ai pu lire ou voir auparavant. Ainsi passant devant une foule qui s’amasse plus ou moins patiemment d’un coté et de l’autre, nous passons avec un immense sourire au lèvre, le pont qui nous amène au poste frontière. Coup de tampon, Merhaba.

Toujours cet attente lié au passage de frontière. On s’attend à ce que tout éclate en couleurs et en bruits, en fureur et en beauté. Mais nous ne ferons que grimper quelques cotes interminables avec un vent de face pour nous passer l’envie d’exotisme. On trouve un village sans vie. Généralement les plus paisibles. Puis avec un rapide échange ne anglais on nous désigne un coin où dormir. On nous amène le thé, de l’eau, quelque nourriture. Et la première nuit en Turquie se passe en douceur.

Nous découvrons le matin les saveurs locales pour lesquels nous paierons bien trop cher. Puis vient l’heure des panneaux annonçant la direction nord ou sud du Bosphore. Nous passerons par le sud.
Nous arrivons dans le merveilleux décor qu’est le golfe du détroit, le village de Kocasesme nous accueille froidement. Le village se suspend à notre vue. Nous brisons ce froid avec une bouteille de pinard. Au moins de notre côté les choses sont plus détendues. On nous cache dans un coin de la place du village, il ne faudrait pas que l’on nous voit trop évidemment boire.

La plage un peu plus loin s’offre à nous. Personne ici ne se baigne dans cette eau fraiche et reculé des villes touristiques de la côte. Parfait, il n’en fallait pas plus pour que l’on se sente bien. D’autant plus qu’il y a de la bière et du vin pas trop loin.

On se fait accoster, nourrir, abreuver puis héberger par une famille Stambouliote en week end dans leur maison de campagne. Le mari est taciturne, la femme est presque sénile et la fille est absolument magnifique. Pour sur, aucun d’entre nous ne se souvient de ce qu’elle a pu nous raconter. Mais on se souvient de son accent, de la forme de son visage. Elle fait défiler les bonnes bouteilles de vin sur la table. Nous nous endormirons, ivres, sur les bancs qui se trouvent dans le jardin, livrés aux moustiques.

Le vent, toujours le vent. On se retrouve dans un état quasi animal, prêt à en découdre avec n’importe qui tant nos efforts sont réduits à néants par des rafales qui nous font vaciller.
On s’arrête à l’abri du vent régulièrement pour ne plus l’entendre. Car c’est ça aussi, sa présence permanente à l’oreille.
Les drapeaux Turques battent au vent le rythme de nos souffrances.
On regarde la carte, nous pouvons prendre un ferry cet après midi pour passer quelques jours à Istanbul, puis revenir au même point pour continuer. Il faut qu’on prenne un peu de repos, loin des vélos, loin de l’effort rendu obsolète par le vent.

Donc quelques jours à Istanbul. On ne s’y acclimate que peu finalement. Notre esprit étant dehors, pas dans un dortoir aménagé dans une cave humide. Ma tente, mon duvet, ma liberté.
Ainsi passent quelques jours dans l’ancienne Constantinople à visiter, se balader, flâner.
Le ferry nous ramène de l’autre côté. Heureux de retrouver notre vie sauvage, et surtout de sortir du marasme de la ville touristique.
Le vent a faibli, nous avons surement bien fait de faire un arrêt Stambouliote. Ainsi nous mettons le cap sur le centre du pays, en direction de la Cappadoce.

Le pays me surprend chaque jour un peu plus. J’en tombe amoureux. Du pays et de ses habitants. De la bienveillance et des airs de thé que l’on vide constamment, répondant aux invitations. Il nous semble que vouloir payer pour notre thé relève du blasphème.

Ils ont parfois le regard rude, la moustache drue et les mains épaisses. Mais toutes impressions fondent lorsque nous somme dans la demande ou le besoin.
Nous passons des cols, puis redescendons. Demain il faudra refaire de même. Mais à chaque col, le paysage change, parfois radicalement et subitement. Je suis dans un état d’émerveillement permanent.
Aucun problème quand à l’endroit où il nous faudra dormir, nous tournons autour des mosquées après la prière du soir et les portes nous sont souvent ouvertes. La prière du matin nous réveille dans la douceur ou la brusquerie, dépendamment des qualités vocales de l’imam.

Un anniversaire en cours de route, j’ai 27 ans le jour où il faut traverser Bursa sous la pluie. Ce fût long et fastidieux, tout ça pour planter la tente à l’arrière d’une mosquée à 23h, l’esprit engourdi par le mauvais vin. C’est parait il mon jour, aux dires des autres. A mon humble avis, ce fût le pire de l’année, question de perspectives. Qu’importe, demain un nouveau jour se lève, et j’aurais toujours 27 ans.

Malgré tout la vie est simple et belle ici. Les efforts à fournir pour passer au dessus des montagnes ne sont que bonheur. On ne peut rêver mieux pour rouler. Parfois même un village au hasard nous surprend en nous offrant une bière au magasin du coin. Ainsi le coucher du soleil prend un tout autre sens, comme une tradition que nous avions adopté auparavant et que la terre d’Islam nous a fait perdre.

Puis arrive la Cappadoce. Quelques jours de repos dans un sublime endroit qui nécessiterait un temps fou pour être proprement exploré. On prend  du bon temps avec des touristes d’ici et de là.
On partage un bon moment tous ensemble, on sait que c’est un peu le dernier bastion de la fête, puisque nous avons décidé d’atteindre l’Iran. Ensuite, advienne que pourra. Se dessine pour moi l’idée de traverser l’Iran pour rejoindre la péninsule arabique. Mais tout ça est bien loin, d’abord trinquons.

Nous quittons la Cappadoce, bien content de retrouver les vélos et l’effort. Nous roulons maintenant vers Erzurum, là ou nos visas Iraniens nous attendent sagement.
Toujours le même constat. Les paysages nous éblouissent, nous rendent euphoriques et heureux.

A Erzurum nous rencontrons quelques cyclistes comme nous l’avions prévus. Nous passerons donc quelques jours avec des inconnus qui petit à petit deviennent nos amis. Avec certains, il semblerait même que nous allions dans la même direction.
On passe quelques jours là bas à manger et boire, à festoyer et visiter. Il ne nous reste que quelques jours avant la frontière Iranienne, de là, l’inconnu. Le mythe et l’inconnu.