Partie 10 : Zambie

Il fallu chercher un peu pour dégoter un douanier, que nous avons du réveiller de la sieste. Nous aurions pu passer comme des fleurs, personne n’aurait remarqué notre entrée. Mais pourtant il nous faudra bien ressortir, alors on essaie d’y entrer proprement pour en sortir sans encombres.
Une fois le visa fait, nous passons la barrière, et nous voila en Zambie.

Il reste à peu prés autant de kilomètres de piste que de jour. Alors on fonce. Le vélo cahote, nous aussi. On se sent vivant sur les pistes Africaines, à défaut de pouvoir s’oublier. Il faut toujours regarder là où on pose la roue.
Et donc avec le soleil qui vient lentement raser l’horizon plat et sec, on se rapproche de la première ville. C’est toujours chouette les premières villes dans un nouveau pays, comme une éternelle première fois. Nous croiserons même un mec qui rentre à vélo lui aussi mais avec 4 femmes dessus. Je ne sais pas ce qui m’impressionne le plus dans l’histoire.
La ville, l’asphalte, le monde plus ou moins moderne. Arrivons juste à temps pour trouver à manger et de la bière fraiche, c’est le principal. La ville est plutôt calme, encore une fois, on ne sent aucunement déranger de trainer à la nuit tombée ici. Puis coup classique, nous nous dirigeons vers le poste de police qui nous accueille sans trop d’embûche. Vielle chanson d’un jeune temps. Ce temps qui est suspendu ici. Le bois ne bouge pas, les policiers non plus, engourdis pas l’existence. Une vieux side car Ural à l’extérieur, des tenues élimés. Déclinons notre identité puis nous voyons octroyer une place sous un arbre.
Finalement la nuit sera agité malgré nous car le commissariat connaitra une nuit de fête. Déçu de n’avoir pas assez dormir ou de ne pas avoir été invité ?

Nous reprenons donc la route, direction Chipata. Le nom ressemble à Chipolata, rien de bien poétique, rien qui nous pousserait spécifiquement dans ce coin hormis ce nom plus gros que les autres sur la carte. Qu’est ce que ça signifie donc ? Ça signifie pour nous que c’est potentiellement un endroit avec un peu de vie, un endroit esthétique (toujours cette foutue recherche d’esthétique…), ou un endroit où l’on peut décemment manger.

Une première section plutôt ennuyeuse. On se dit que vu la route jusque Chipata, on aurait du bricoler pour rester plus longtemps au Malawi et zapper cette section. Mais c’est trop tard n’est ce pas.
Alors nous roulons sur le plat, les pensées s’envolent, espérant secrètement que tout va bientôt changer et que la route offre mieux qu’une longue et plate ligne droite.
Puis Chipata. Beaucoup d’espoir à Chipata, qui s’avère n’être rien de plus qu’une bourgade, comme une autre. Petit à petit on apprend à lire les cartes en Afrique. Bien souvent, les noms en gras ne sont finalement que de gros villages. C’est la même chose que l’on y trouve, mais les échoppes sont plus nombreuses.

Et toujours ces mêmes questions, comment arrive t’il tous à survivre en vendant la même chose ? Personne n’a tenté de vendre autre chose, de le faire différemment, de céder aux sirènes de l’innovation ? Mais c’est ici comme partout ailleurs, une pesanteur fond comme une chape de plomb sur les âmes lentes et les corps ralentis.
Nous dormirons dans la cour de l’école après une petite gymnastique avec les autorités. Et malgré le peu de temps que ça peut prendre, je suis toujours fasciné par le naturel avec laquelle la demande est entendue.

Nous serons réveillé au clairon à 6 heures du matin par les enfants qui déjà arrive à l’école. J’ai du mal à ouvrir l’œil mais déjà je suis pensif. Même si j’ai du mal à apprécier d’être sorti de la tente contre mon gré biologique, je suis plutôt heureux que le pays dans lequel j’ai grandi ne m’ait jamais envoyé étudier à 6 heures du matin.

Nous repartons le lendemain et mettons cap sur la capitale. La route prend quelques formes un peu plus loin, et c’est pas trop tôt. Un joli petit col que nous passons en fin d’après midi, les lumières donnent un peu d’intérêt à l’endroit. En effet, ici comme souvent ailleurs en Zambie, les forêts commencent à ne plus ressembler à rien d’autre qu’une couche plate et noirâtre d’arbres brûlés. Puis au bord des routes, des sacs de charbon attendent que l’on s’arrête pour les acheter et les amener plus loin.

C’est relativement sauvage, et c’est tant mieux. Ça fait du bien de ne pas croiser grand monde. Mais je me demande alors qui peut bien s’arrêter et acheter ces sacs de charbon. Je ne vois ni les vendeurs ni les acheteurs. Le miracle de l’Afrique en quelque sorte, il y a toujours quelqu’un, partout. Juste qu’on ne le voit pas.


C’est donc ça le grand drame du centre de l’Afrique. Toutes ces forêts qui disparaissent par hectares dans un immense brulis. Mais qui suis je pour juger ? Il faut bien que tout ce petit monde se chauffe et fasse cuire sa popote, moi qui n’ai toujours eu que la facilité déconcertante et inconsciente à portée de main.

Fort heureusement donc ce col qui brise un peu les centaines de kilomètres de ce qui déjà est une routine désagréable. Nous redescendons, passons un grand pont au dessus du Luangwa, un affluent du Zambèze.
De là nous remontons jusqu’à Mulamba, quelques maigres kilomètres du pont mais il faut encore grimper.
Le soleil est déjà bas. Nous réalisons que nous sommes à la frontière ave le Mozambique. C’est donc une petite bourgade frontalière dans toute sa splendeur.
Le bruit et l’odeur. Des centaines et des centaines de poisson séché bordent la rue principale. Ça s’agite de partout. Bar bruyant, restaurant non alléchant, bus et camions. Ça va et ça vient.

Fatigué cependant, je m’assoie sur le trottoir, incapable de négocier quoi que ce soit ou d’envisager de parler avec un être humain.
Les prix sont plus élevés ici, donnés avec un espace de sourire narquois. Puis pour dormir sur ce village en pente et surchargé ça va être complexe. Ni école ni poste de police, il est déjà trop tard. A la frontale nous auscultons les lits du seul hôtel de la ville. Un trou sans âme dans lequel il nous faut nous résoudre à dormir.
Dans la soirée, ça parle portugais sur le perron de l’hôtel. Ah oui c’est vrai, ils parlent portugais au Mozambique. Mise en abime d’exotisme.

Un petit col en guise de petit déjeuner puis nous retrouvons le plat de la plaine, la savane sans fin et sans grand charme. Si seulement de féroces bêtes pouvaient en sortir, au moins ca me sortirais de ma rêverie.
Puis les jours se suivent et se ressemblent. On décide même de ralentir, de peur de passer trop d’heures sur la selle dans le flou plutôt qu’au bar. Pas forcément la solution la plus stratégique mais c’est celle que nous choisissons. C’est celle qu’on choisit toujours de toute façon.

Et tant bien que mal nous nous approchons de la capitale. On s’en approche tellement qu’on y arrive finalement. A l’entrée, c’est des publicités pour des pizzas et des supermarchés qui me redonnent vie.
Je mesure combine je me sens affaibli d’avoir mangé si peu et toujours la même chose. Les deux sont lié d’ailleurs. Absolument aucun appétit ou envie pour le N’shima, pâte faite de farine et d’eau, et de saucisses froides et constitués de ce qu’on peut difficilement qualifier de viande.
Bon, au moins on va passer quelques jours ici pour se refaire.

Quand je parle de la Zambie, on me regarde souvent d’un faux air savant. Tout le monde acquiesce mais serait bien en peine de placer le pays sur la carte ou de donner le nom de la capitale.
Qu’importe, c’était pareil pour moi avant que tout ce voyage prenne une forme physique.
Toujours est il qu’on est en droit de se demander, qu’est ce que la capitale d’un pays presque inconnu a à offrir.

Et bien pas grand chose. Fidèle à la réputation des capitales subsaharienne, c’est plutôt fade et inesthétique. Une organisation un peu chaotique, mais pas suffisamment pour que ca lui offre un charme. La vie y est plutôt calme, fade.
Au moins nous trouvons de quoi manger convenablement. Je dépense beaucoup d’argent pour me refaire une santé physique et psychologique. C’est peut être à partir de là que viendra cette habitude de manger 6 fois par jours.


Et même ne serait ce que trouver un jeu de pédales c’est un peu la bataille. Comme si la ville était pleine de vide. Vous voyez cette impression d’un monde palpable sans que l’on puisse décrire le définir. Un contenant sans contenu.
Avant de partir je fini à la clinique après avoir trainé un estomac en petite forme depuis 2 mois. C’est dire le côté têtu du mec. J’en repars avec des antibios et le droit de repartir.
Nous retrouverons Tristan, un cycliste anglais rencontré en Éthiopie avec qui il s’avère que j’arriverais au Cap quelques mois plus tard.

Une petite appréhension au moment de partir. Je sais à peu prés à quoi m’attendre puisque des cyclistes venu de l’autre direction nous ont dit que la route était à peu prés la même jusqu’au Botswana. Et même plus ou moins jusque Windhoek d’ailleurs.
Et je n’ai plus envie de retomber dans la nécessité de me nourrir avec ce qui me dégoute presque. C’est le plat national, matin midi et soir. Puis je n’ai pas envie de retomber dans l’ennui. L’ennui étant un concept que j’ai découvert en Zambie sur les fresques 2 semaines qui viennent de s’écouler.
Un peu plus de 300km mais je pars un peu en trainant les sandales.

C’est plat, quasi rectiligne et loin d’être palpitant. A l’heure d’aujourd’hui c’est assez flou. Comme si mon corps avait fonctionné machinalement, qu’il avait pédalé ce qu’il avait à pédaler pour rejoindre le coin B du point A mais que ma tête n’avait absolument rien intellectualisé.
Je me souviens bien en revanche que nous avons passé une bonne partie de cette première journée à regarder la finale de la coupe du monde de cricket. Les deux copains anglais avaient l’air de comprendre, j’ai vite abandonné pour aller lire.

Nous repassons un petit col en début de soirée avant de redescendre vers une plantation de café qui peut potentiellement nous accueillir pour la nuit. Les antibios que j’ai commencé la veille me détruisent le ventre, je pédale en silence, attendant simplement de m’écrouler pour la nuit. Nous trouverons finalement une grange sous laquelle dormir. Les mecs tentent de capter le réseau internet pour voir les résultats du cricket. Quand à moi, je prie sous ma tente pour que le ventre s’apaise.

Et les jours qui suivent se ressemblent. Rien de bien palpitant. Une savane à perte de vue, à perte de jours, à perte d’énergie. J’arrive dans ce demi état, un état que je trouve très symptomatique du pays. Une nourriture que je ne mange que pour me nourrir, une route que je parcours seulement pour avancer.
Les villages se ressemblent et se succèdent. J’oublie leur nom à mesure qu’ils défilent. Puis les langues pour lesquels je n’ai aucun intérêt. Les discussions qui sont toujours les mêmes avec des individus qui me paraissent les mêmes aussi. Ma vie intellectuelle est si dénué d’intérêt que je me remet tête baissée à apprendre le russe, que j’avais laissé de côté il y a quelques années déjà.
Puis finalement Livingstone arrive en vue.

Nous y passerons quelques jours pour se ressourcer un peu. Puis étant le premier lieu touristique du pays, on retrouve un peu des ingrédients qui feront le bonheur éphémère des voyageurs au long cours que nous sommes : la fête, la bonne bouffe et les filles. Et encore que, le cliché soit un peu loin de la réalité parfois..

Décidons de ne pas aller voir les chutes de ce côté mais finalement du côté Zimbabwe. Donc nous profitons de nos derniers jours pour trainer autour de la piscine.
Je n’ai rien trouvé de spécifique à cette ville coloniale. C’est sympa sans aucun doute, mais c’est une ville qui serait passée inaperçue s’il n’y avait pas la proximité avec les chutes Victoria. Mais ca ne marquera pas vraiment les esprits

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